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Economie

Maurice Simo Djom sur la ZLEC : « La charrue a été mise avant les bœufs »

Tel est l’avis de l’auteur de « La guerre économique », qui plaide pour la montée en grade des chaînes de valeurs productives comme condition préalable à l’intégration commerciale.

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Tel est l’avis de l’auteur de « La guerre économique », qui plaide pour la montée en grade des chaînes de valeurs productives comme condition préalable à l’intégration commerciale. Interview

La Zone de libre échange continentale (ZLEC) est-elle vraiment la solution au développement de l’Afrique ?

L’objectif affiché de la ZLEC est le commerce. Or, aucun pays au monde ne s’est développé en faisant uniquement du commerce de la matière première, mais plutôt par la voie de l’industrie. La charrue a été mise avant les bœufs.  La conséquence d’une intégration commerciale construite avant l’industrialisation est que les inégalités vont se creuser entre pays africains. Nous verrons des pays qui ont une avance en matière d’industrialisation tirer profit de l’ouverture des frontières alors que la grande majorité des pays africains n’auront toujours pas l’occasion de monter en grade vers l’industrie. D’où la joie à peine dissimulée des pays que vous avez cités.

Certains Etats africains comme le Togo comptent déjà sur la ZLEC pour rééquilibrer leur balance commerciale, a-t-il tort ?

Si le Togo compte sur la ZLEC pour équilibrer sa balance commerciale, alors il a tout faux, car étant un pays pré-industriel, il verra plutôt sa balance commerciale se creuser davantage. Théoriquement des produits marocains et sud-africains entreront libres de droits de douane tandis que le Togo n’aura rien à vendre à ces pays. Pour que sa balance commerciale soit équilibrée, il faudrait que le Togo ait au préalable restructuré sa chaîne de valeurs pour avoir de quoi vendre aux autres paysafricains. La ZLEC n’est pas un bâton magique.

Beaucoup d’analystes estiment à tort ou à raison  qu’appliquer la ZLEC, c’est ouvrir un deuxième boulevard après les Ape, aux multinationales de l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine. Etes-vous de leur avis ?

Je suis de cet avis, pour la raison que j’ai évoquée plus haut, à savoir que la structure productive des pays africains est similaire. Ils vendent presque tous la même chose : les matières premières. Or pour que la ZLEC soit profitable aux pays africains, il aurait été nécessaire d’industrialiser l’Afrique dans une optique d’économies complémentaires, afin que les pays se spécialisent mais aussi bénéficient de l’effet de la compétition, à savoir la baisse des coûts. Or non seulement ils vendent tous la même chose, mais ils la vendent tous à l’extérieur de l’Afrique. De plus, ils assouvissent le plus gros de leurs besoins en achetant à l’extérieur de l’Afrique. Dans ces conditions, s’accorder sur le Made in Africa sera un casse-tête chinois. D’où la joie à peine dissimulée des pays que vous cités. Ils sont contents de la mise en place de la ZLEC dans les conditions actuelles. Cela donnera lieu à des subterfuges pour déguiser bien des produits étrangers en Made in Africa.

Avec la volonté affichée par les dirigeants africains, peut-il y avoir des obstacles à la mise en œuvre effective de la ZLEC ?

Je préfère prendre l’affaire dans l’autre sens et parler de défis.

Le premier défi est structurel : il faut rapidement réaménager les chaines de valeurs des structures productives pour générer la plus-value en moins de dix ans afin de pallier la tare congénitale de la ZLEC.

Il y a ensuite le défi technique : l’UA doit mettre en place les règles d’origine, un calendrier de démantèlement des droits de douane ; elle doit définir les règles de concurrence et les mécanismes d’arbitrage. C’est un processus qui prendra du temps et nécessitera technicité et intelligence. Il faudra non seulement bien faire ce travail, mais aussi utiliser ce temps de grâce pour réaliser avec le défi de la restructuration économique.

Le troisième défi est la péréquation, c’est un défi politique : d’une part, 16 pays n’ont pas de façade maritime, ce qui engendre pour leur logistique un surcoût. De l’autre, plus de de 20 pays abritent des crises internes profondes, des conflits ou des guerres à proprement parler, ce qui constituera un frein à la circulation des biens, quand bien même cette dernière devait être effective et efficiente. Pour faire face à ce défi, il faudra créer un fonds de péréquation pour venir en aide aux pays vulnérables et faibles. Dieu seul sait s’il y en a !

Il y a enfin le défi financier, la ZLEC est un projet géant qui va nécessiter des financements colossaux. Reste à savoir si les Etats africains mettront la main à la pâte.

Vous avez sorti le 1er mai dernier un ouvrage de 416 pages  intitulé ‘’La guerre économique’’. Comment le public l’a-t-il accueilli ?

Le livre se vend bien. Il suscite le débat sur la place de l’Afrique dans le jeu des puissances. Je reçois le retour des lecteurs qui apprécient la simplicité du style et la grande facture documentaire de l’œuvre. De nombreux lecteurs espèrent que ce livre deviendra la bible de la diplomatie africaine, pour éclairer l’action internationale du continent. L’un d’eux m’a envoyé un manuscrit qui explique de façon pédagogique tout ce qui devra être accompli en matière de capitalisme local pour  que l’action internationale des pays africains soit vraiment efficace.

Peut-il y avoir de guerre économique dans le contexte de la ZLEC ?

En Afrique, la guerre économique n’a pas attendu la ZLEC pour se manifester, justement la ZLEC est un projet de géoéconomie africaine conçu pour faire de l’Afrique un acteur qui compte dans le jeu des puissances et non un simple dépotoir des déchets venus d’ailleurs. Il est atteint d’une tare qu’il faut surmonter en donnant plus de pouvoir aux comités techniques et en s’assurant que les ingénieurs sont vraiment écoutés. Les dirigeants politiques et les fonctionnaires ont une vision bureaucratique de l’intégration.

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