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Politique

Entretien avec Dr Carolle Ikoafe-Mitchaï à propos de son parcours politique: <

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Titulaire d’un doctorat en gestion, fonctionnaire parlementaire et spécialiste en économie à l’Unité d’Analyse de Contrôle et d’Evaluation du Budget de l’Etat (UNACEB), Carolle IKOAFE-MITCHAÏ a été une grande militante du parti Social-Démocrate. En effet, elle a participé à beaucoup de formations dont la plus importante qui a marqué son parcours est celle du Programm for young politicians in Africa (PYPA).
Dans cet entretien, elle nous parle de son parcours politique et des facteurs qui ont favorisé son succès.
Parlez-nous du « Programm for young politicians in Africa (PYPA) », qui a d’ailleurs permis votre révélation à la sous-région et dans les couloirs politiques du Bénin et de l’Assemblée nationale.
Le programme PYPA est un vaste programme qui a réuni les jeunes de l’Afrique de l’Ouest (au départ le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Mali et plus tard, grâce à l’impact que ce projet avait, il a été élargi au Togo, Sénégal et la Côte d’Ivoire). Dans le même temps, ce programme s’exécute en Afrique centrale. Cette formation nous a permis d’étudier nos contextes, l’environnement politique dans lequel nous sommes et nous a proposé des outils, modules et comportements que nous devons adopter pour influencer notre environnement quelque soit sa complexité. Au nombre des modules étudiés, j’ai encore en mémoire quelques unes comme : les politiques publiques, la recherche de financement d’un projet, l’évaluation des projets, le leadership vu par les africains, le genre, la communication politique, etc.
Avoir travaillé pendant une année en discontinue avec d’autres jeunes de différents pays qui partagent les mêmes réalités parfois, d’autres et qui ont d’autres atouts que vous n’avez pas étaient vraiment enrichissants pour moi et pour nous tous car jusqu’à ce jour, nous avons une famille africaine, ce qui fait de nous des citoyens de ces pays toutes les fois que nous y allons.
La participation à ce vaste programme disais-je a littéralement contribué à changer ma vision de la vie et m’a propulsé vers une nouvelle orientation de ma participation politique et citoyenne. Désormais, parallèlement à mes activités professionnelles que j’affectionne beaucoup, je suis formatrice en renforcement des capacités des jeunes filles, des femmes et des jeunes hommes au sein des partis politiques et des associations de la société civile. Je suis aussi facilitatrice et communicatrice dans diverses autres activités au Bénin et dans la sous-région. C’est à ce titre que j’ai été identifiée par les responsables du projet « Engageons-nous pour plus de femmes en politique au Bénin et au Maroc ».
A cette formation, les thématiques genres, leadership, lobbying et plaidoyer ont été abordées de façon très interactive.
J’accompagne ce projet depuis deux(2) ans avec d’autres femmes leaders dans l’éveil à la conscience citoyenne et politique des femmes.
Quelles impressions ont eu ces filles et femmes que vous aviez formées avec beaucoup d’abnégation ?

Par le biais du programme, j'ai reçu de nombreux témoignages des filles et femmes qui ont suivi la formation. Le renouvellement de la confiance au niveau des partenaires du programme également. Vous en êtes d’ailleurs une participante.

À ce stade précis, j’ai eu une vision assez large du militantisme féminin et de ses enjeux. Je pense continuer la bataille également au sein de l’Union Progressiste et au sein des associations de la société civile pour plus de femmes dans les instances de décision au Bénin.

Vous aviez formé des filles et des femmes dans le cadre du projet « Engageons-nous pour plus de femmes en politique au Bénin et au Maroc., parlez-nous-en.

C’est bien vrai. Cette année encore, j’ai formé des filles et des femmes issues des organisations de la société civile et des partis politiques grâce à l’Institut Général Tiémoko Marc Garango pour la Gouvernance et le Développement. Je voudrais d’ailleurs passer par ce canal pour remercier le coordonnateur du Projet, le Docteur Abdoul karim SAÏDOU et la représentante des partenaires suédois Madame Malena LIEDHOLM NDOUNOU, pour la confiance renouvelée. Au total, 100 femmes sélectionnées ont subi une formation de base intense pendant trois jours à l’hôtel du Lac de Cotonou. Trois jours de donner et du recevoir. Nous avions partagé et développé des thèmes comme : le leadership féminin, l’idéologie politique, la philosophie politique et le genre. Après cette formation de base, 40 femmes ont été sélectionnées pour continuer l’aventure, celle d’une session avancée qui s’est tenue pendant 6 jours à l’hôtel Millenium popo Beach à grand popo. A cette formation avancée, j’ai contribué à l’approfondissement des thématiques du leadership politique, le genre, le plaidoyer et le lobbying. Les thèmes : communication politique, stratégie et planification ont été abordés respectivement par mes collègues formateurs Hermione Ligan et Ousmane Kokonbo, le chargé de projet.

Pourquoi êtes-vous revenus sur les thèmes leadership et genre ?

Je suis revenue sur ces thèmes pour faire comprendre à ses femmes, que le leadership politique est un leadership particulier qui ne peut s’ériger sans tenir compte du genre. Le leadership politique est cette capacité qu’ont les femmes leaders à révéler leur compétence, leur expertise et à s’imposer en harmonisant leur vision bien déterminée, à le faire partager pour l’atteinte des objectifs durables dans une ligne claire de politique de développement.

Parlez-nous de votre adhésion à la vie politique.
Je suis entrée en politique en deuxième année d’Université. J’avais à peine 20 ans mais avant, j’étais une militante depuis mon enfance. A 5 ans déjà, j’ai intégré le Mouvement d’apostolat des enfants du Bénin (Madeb), ensuite le groupement des lecteurs de l’Eglise Catholique, précisément sur la paroisse Marie Auxiliatrice de Mênontin.
J’ai milité dans des associations et groupes de théâtre au collège. Tout cela m’a conduit naturellement à aller vers d’autres groupes actifs pour des résultats concrets ( j’ai en esprit la chorale des sans voix du Centre Culturel Français devenu………… dont j’étais une membre active).
A l’Université, j’étais également deuxième responsable d’amphi de la troisième à la quatrième année d’université et à ce titre membre du Conseil Central Fédéral (CCF). J’ai rencontré le Parti Social-Démocrate lors de l’une de leurs activités sur le campus d’Abomey- Calavi. Leur idéologie et philosophie m’ont accrochées et je me suis rapprochée d’un responsable à la jeunesse du parti pour m’inscrire. En effet, le parti venait former les étudiants sur différents thèmes. C’était dans la période des élections législatives où le responsable Charles Djrèkpo était candidat aux élections législatives dans la 16ème circonscription électorale. J’ai donc participé aux campagnes surtout aux portes à portes dans mon quartier Kindonou qui est dans le 9ème arrondissement. J’avais une ferme conviction, celle de faire quelque chose pour la Nation. Il ne faudrait pas rester à la touche. Je ne me voyais pas comme un spectateur mais comme une actrice à part entière de la vie publique.
De mon parcours de militante active en politique, j’ai occupé successivement les postes ci-après : responsable à l’organisation du groupe des jeunes filles du PSD, au Bureau Exécutif National, secrétaire adjointe chargée des relations extérieures, secrétaire adjointe chargée de la formation politique avant d’occuper au sein du Bureau Exécutif National de l’Union fait la nation, le poste de responsable nationale adjointe des femmes. Aujourd’hui, je suis militante active de l’Union Progressiste où j’appartiens aux groupes des femmes, enseignants et cadres Union progressiste .

Quelle est votre source d’inspiration ?
Ma source d’inspiration, c’est avant tout moi-même. C’est ma détermination à faire ce que je souhaite dès que je suis convaincue, à servir tout le monde et cela porte la marque de tout ce que je fais.
Mon objectif c’est de servir, d’aider les autres de façon naturelle, de partager mes connaissances. En tant que femme, je me suis donnée un objectif, celui d’aller loin en politique. Ça peut paraitre bizarre que je ne sois pas très connue en politique. En réalité, j’ai une méthode, celle qui tient compte de la philosophie et de la sociologie du Bénin. Une femme qui veut
s’imposer en politique doit avoir un profil très clair et c’est ce profil que je travaille. Je pense que c’est le moment de le révéler.
Dr Carolle est mariée ?
Oui, je suis mariée. Je suis mère de trois garçons. J’envisage davantage asseoir mon militantisme dans ma zone de résidence. Je sais que cela est possible puisque j’ai le soutien de mon époux qui ne ménage aucun effort pour me soutenir et m’accompagner dans ma vision. J’ai également le soutien de mes coachs politiques.

Comment faites-vous pour jumeler la profession, le foyer, les associations et la politique ?
En tant que femme intellectuelle, travailleuse, politique responsable d’organisation et mariée, ce n’est pas du tout facile. Il faut une méthode, surtout celle du lobbying dans le foyer, convaincre mon époux, ma belle famille et ma famille par rapport à ma vision. Ce sont eux d’ailleurs qui renforcent mon engagement. Parfois, cela est mal vu dans l’environnement professionnel. Cette situation amène souvent à travailler tard la nuit pour préparer les dossiers et se mettre au pas. De la même façon, en politique, tu dois te rendre utile et visible. Les responsables de partis politiques doivent pouvoir compter sur toi, ta présence et ton engagement farouches à leur côté. Mariée et mère de petits enfants c’est encore dur, mais je m’organise pour que mes enfants et mon époux ne sentent pas trop le vide. Quand votre époux est fâché, prenez une pause, essayez de vous entendre puis continuer votre chemin.
Qu’est ce qui a favorisé votre militantisme ?
Bien qu’ayant vécu mon enfance à Cotonou, donc dans la 16ème circonscription électorale, ayant une base solide dans le 9ème arrondissement de Cotonou, je suis native de Dassa. En effet, j’ai compris très tôt qu’il faut asseoir son militantisme dans son milieu de vie en créant des activités qui réunissent du monde, c’est ainsi que j’ai initié depuis plus de dix ans une table de belote dans mon quartier à Mênontin, j’organise également des activités de sensibilisation au profit des jeunes filles et des garçons, parfois même des séances personnalisées pour mieux écouter et aider mes frères du quartier dans leur orientation professionnelle ou scolaire. Ambitieuse, courageuse, combattante, déterminée à aller de l’avant, je me dis qu’il n’y a pas de limite pour une femme.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de toutes les femmes ?

Je voudrais d’abord dire aux femmes, mes sœurs, qu’il n’y a pas de rêve impossible pour les femmes. Qu’il n’y a qu’à se battre de façon très méthodique. Il est important pour les femmes d’avoir une vision, de la décliner en objectifs et de travailler à atteindre un à un ses objectifs.
Les femmes doivent être conscientes de ce qu’elles ont un rôle important à jouer dans le développement du Bénin.
D’accord pour les rôles traditionnels de secrétaire, de mobilisatrice de ressources humaines mais maintenant, elles doivent prendre courageusement leur place aux côtés des hommes, pas parce qu’elles sont femmes mais parce qu’elles ont le potentiel et la compétence mais aussi le parcours pour jouer de véritables rôles de leaders à la tête des partis politiques. Des femmes qui se cultivent et travaillent pour leur épanouissement, des femmes qui rêvent grand et le transmettent à leurs enfants.

Votre mot de la fin
Il n’y a pas de développement sans la femme. Une femme, quelque soit son profil devrait mettre en place un plan de développement de son potentiel, de renforcement de capacité dans son domaine de spécialité, car, nous sommes dans un monde en pleine évolution où ce qui est accepté hier est remis en cause aujourd’hui. C’est donc, une invite à travailler chaque jour et à améliorer ses compétences. Je finis mes propos en rappelant à mes sœurs que c’est en posant chaque jour de petites actions, en faisant de petits pas aujourd’hui que nous ferons de grandes actions demain. Même face aux échecs, toujours se relever et être plus que jamais déterminée.

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