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Culture

Interview avec Raymond Assogba enseignant-chercheur et Boologue: «La connaissance de la réincarnation amène l’être à améliorer son vécu… »

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Enseignant-chercheur en sociologie et en anthropologie à l’Université d’Abomey-Calavi et à la Flash d’Adjarra, Dr Raymond Assogba est également boologue et expert en spiritualité de développement. A travers cette interview, il parle de la réincarnation, sa conception par rapport à la tradition et sa corrélation avec la résurrection de Jésus dans l’église catholique romaine.

Que peut-on comprendre par le thème « réincarnation » ?

La réincarnation, comme dit le mot, c’est une seconde incarnation. C’est la répétition du phénomène par lequel l’âme intègre un corps. On définit donc la réincarnation comme l’âme d’un homme qui a déjà vécu sur terre et qui revient une deuxième fois ou bien une énième fois. Je pense que cette définition entre dans le cadre d’une philosophie de la vie qui dit que « dans ce monde ci, l’être revient plusieurs fois et cela pour assurément continuer une mission ». Ça c’est ce que nous avons appris de la philosophie générale, Indienne, Chinoise et Egyptienne. Il faut déjà dure qu’en Afrique et par la culture Vodoun, nos ancêtres savaient que l’être qui naît est placé sous la gouvernance d’une âme évoluée qui est déjà venue une fois dans cette vie et qui a déjà réalisé une centaine de choses. En Fon on dit le « djôtô ». Lorsqu’un enfant naît déjà chez nous, on interroge le système métaphysique appelé « Fâ » qui possède 256 explications, solutions aux problèmes. On l’interroge pour savoir le « djôtô » sous lequel le bébé qui naît est arrivé dans cet univers. Cette manière de procéder permet aux parents de connaître les pré-requis de son éducation de manière à l’aider à prendre en charge sa nouvelle identité.

Cette réincarnation diffère-t-elle de la résurrection de Jésus ?

 Je pense d’une certaine manière que  ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas la même chose dans la mesure où l’on parle de résurrection. En vérité, eux-mêmes ils disent « il est ressuscité d’entre les morts »  on peut penser même que c’est autre chose parce que les gens sont morts et voilà quelqu’un qui vient parmi les morts et ressuscite. Et ici, en parlant de résurrection, dans les histoires, on suppose que ce soit le corps physique même qui revient, c’est-à-dire la même personne revient dans le même corps. Donc, ça c’est une réalité extra phénoménale qui dépasse l’entendement. Mais ce qu’on peut dire, le Christ est censé être la réincarnation puisqu’on suppose que Dieu même s’est réincarné à travers le Christ. Dieu même à besoin de devenir un humain ou prendre le corps d’un humain pour expérimenter la propre vie qu’il a créée, mais dont il ne connaît pas la culture. Dieu a créé la vie mais celle créée par les humains, Dieu même ne le connaît pas. Lui-même dans ce cas, prend un corps physique pour venir expérimenter ce que les hommes ont créé.

Aujourd’hui, lorsque vous prenez certains fidèles évangéliques, ils renient souvent la notion de réincarnation. Qu’est-ce qui justifie cet état de chose ?

 Je pense que c’est une affaire de conception. C’est une affaire d’éducation et de connaissance. Vous savez que la religion n’en parle pas. C’est un phénomène institu-personae. C’est une affaire de croyance. On ne peut pas amener quelqu’un à aller contre ses croyances.  Ceux qui cherchent à connaître plus, à ajouter quelque chose aux dogmes, je pense que ceux-là ils vont plus loin. Pour respecter la liberté d’expression, la liberté de croyance et être tolérant, il faut accepter que ceux n’acceptent pas de croire en la réincarnation. Mais cela relève d’une interprétation du catéchisme dans le sens où je me souviens bien de l’étape de mon enfance et de mon adolescence, comprendre que celui qui meurt est censé attendre dans la tombe pour que Jésus revienne ressusciter ceux qui sont dans les tombes. Ils sont considérés comme à la gare et attendent l’atterrissage de l’avion de Jésus-Christ  qui va les ressusciter.  C’est dans cette dynamique qu’on leur a appris que quand ils mourront, ils resteront dans la tombe pour attendre la résurrection de Jésus qui doit ressusciter pour les chercher et les amener comme les avions s’élèvent à traverser l’atmosphère dans un paradis qui est censé être dans un ailleurs qu’on ne connaît pas mais qu’eux seuls savent.

 La réincarnation, diffère-t-elle  de la divination des égungun et ceux des assens ?

Le système des égungun, c’est la culture béninoise à laquelle, un homme qui a vécu d’une certaine manière et qui avait un certain âge  et de par sa vie a été un exemple. On lui établit une condition,  pour exister parmi les vivants. Et cela suit des règles bien précises. Est-ce qu’il faut aujourd’hui interpréter pour dire que c’est ça la réincarnation ? Non je ne pense pas. C’est un autre phénomène.  Mais la réincarnation est assez simple. C’est juste que lorsque l’enfant naît, on sait que l’âme intègre le corps à la naissance. Et par les signes qu’on peut retrouver sur le corps, ou parfois dans le comportement, ou la manière de parler, de marcher ou de faire les choses, les parents savent reconnaître un djôtô.  L’homme lui-même dans ses activités quotidiennes, il arrive un moment où on sent dans ses comportements, les expériences qu’il semble déjà avoir vécu. Lui-même il sait que ce n’est pas la première fois qu’il vit de pareilles situations. C’est donc par ses intuitions que soi- même commence par se rendre compte et se demande si on ne se trouve pas dans un cercle fermé. C’est à partir de ce moment qu’on peut comprendre extérieurement et physiquement le phénomène de la réincarnation.  La connaissance de la réincarnation amène l’être à améliorer son vécu, à dépasser certaines inhibitions, à transformer des épreuves en des occasions de performances terribles et à améliorer son existence. Le phénomène des égungun est un phénomène propre mais qui peut à l’interprétation nous amener à considérer que la réincarnation existe dans ce sens. Les « assanyin » ou « assens » quant à eux, symbolisent l’omniprésence des ancêtres.  A ce niveau, il faut concevoir que les « assanyin » comme symbole et représentation font partie de la quatrième instance de la personnalité africaine. Chez les blancs,  Freud a établi que la personnalité est composée de trois instances. Le « ça » qui est le monde des désirs, le « surmoi » celui des interdictions et le « moi » qui est le principe  de la réalité qui joue entre le « ça » et le « surmoi » pour essayer de trouver un équilibre à la vie ensemble avec les autres sans perdre sa liberté. Ibrahim Sow, un psychopédagogue  a établi que  cette trilogie du « ça », du « surmoi » et du « moi » est propre aux blancs. A l’africain, en plus des trois, il faut ajouter l’ancêtre. Lorsque quelqu’un a des problèmes, l’ancêtre peut anticiper sur sa guérison et intervenir. Les « assanyin » rentrent dans ce processus d’omniprésence. Ce que les autres disent que Dieu est, c’est le rôle-là que jouent les « assanyin ». Ce Dieu abstrait est donc pour les religieux et les blancs. Pour nous les Noirs, le « assanyin » est le réceptacle des ancêtres et quand tu vas offrir le rituel, tu participes de ton équilibre spirituel, psycho-individuel et tu améliores les performances de ta vie à partir de nouveaux rapports sociaux avec le règne minéral, le règne végétal, animal et celui des émotions.

Parfois on se retrouve à des endroits et on a une impression de « déjà vu ». Est-ce qu’on peut comparer cette scène à une manifestation de la vie passée ou d’une probable réincarnation ?

 Evidemment et bizarrement ça tombe sur les sens parce que l’homme lui-même sait qu’il n’est pas que physique. Il y a irruption de ce qu’on ne voit pas tout le temps dans les attitudes. C’est ce qu’on appelle les actes manqués par exemple. Les actes manqués constituent une forme d’expression de la rencontre entre ce qui est visible physiquement et ce qui est visible à l’intérieur. L’homme lui-même est une frontière entre plusieurs univers. Il doit se donner des moyens intellectuels et psychiques pour équilibrer ces deux paramètres de l’univers.  Chacun a le devoir d’aller à la quête de ses performances sociales et professionnelles de manière à pouvoir établir la vérité de chaque situation avec la justesse qu’il faut.  C’est un processus par lequel l’être arrive à se prendre en charge totalement sans attendre quelqu’un d’autre.

Est-ce qu’il y a des paramètres pour reconnaître quelqu’un qui est réincarné ?

C’est beaucoup plus lié aux parents qui ont connu un ancêtre, ils peuvent le savoir de par les comportements. Les moyens qu’ils utilisent c’est juste la démarche. A travers elle, on peut reconnaître une tante, un oncle ou même une parenté. Dans certaines familles, les femmes par exemple qui ont commis l’adultère, c’est par le comportement des enfants qu’on les connaît parce que parmi tous les enfants, morphologiquement, dans sa manière de faire, de parler, on se rend compte qu’il n’a rien des gènes de ses autres frères et sœurs.  C’est l’une des réalités qui existent. Quand ça arrive comme ça, on interroge le « Fâ » pour avoir la vérité.

Votre mot de la fin

Nous sommes dans le siècle de la liberté. La vie se chargera de convaincre ceux qui ne croient pas afin qu’ils sachent qu’ils sont en retard sur leurs destinées. C’est la liberté d’accepter, de croire ou de ne pas croire. Mais aussi, comme on le dit, l’homme périt faute de connaissance. Ils auront donc l’occasion de faire l’expérience de leur ignorance de la connaissance.

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