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Discriminations fondées sur l’orientation sexuelle en Afrique : L’homosexualité, le prétexte idéal pour persécuter les personnes différentes ?

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En Afrique, les tabous et autres stéréotypes sont bien courants. Pendant que sur d’autres continents, les mentalités évoluent, chez nous, être ‘’différent’’ ou avoir un comportement qui tranche avec  l’ordinaire est source de rejet systématique de la part de la société. L’homosexualité, bien que reconnue comme existant depuis des décennies sur le continent noir, n’est toujours pas tolérée. Pis, les gays et lesbiennes sont persécutés… Nous sommes allés à la rencontre de M. Abalo, qui a accepté témoigner de sa situation.

Lorsqu’il y a quelques années, l’homosexualité a été reconnue et l’union entre personnes homosexuelles légalisée dans certains pays du monde, la plupart des Africains ont découvert officiellement un comportement sexuel qui existait pourtant depuis bien longtemps. Si chez beaucoup (les hétéros), cette ‘’nouvelle’’ a été accueillie avec dégoût ; pour certains qui se reconnaissaient comme homosexuels, cela a été perçu comme une note d’espoir, une occasion de sortir enfin au grand jour et assumer leur véritable nature. M. Abalo a toujours été attiré par les hommes, mais par peur des réactions de sa famille très catholique, n’a jamais pu assumer son homosexualité. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, il a dû prendre sous son toit, Bienvenue avec qui il a eu trois (03) enfants.  « Malgré cela et mes enfants que j’aime beaucoup, je me sentais emprisonné, incapable d’exprimer mon véritable moi. J’avais l’impression d’être en train de mentir à tout le monde. Surtout à mes enfants », nous a confié M. Abalo. Le problème est qu’au Bénin, être homosexuel était considéré comme avoir une maladie mentale. Quand quelqu’un était soupçonné d’être gay ou lesbienne ou s’avisait même de s’habiller comme un travesti, il ou elle était aussitôt banni de sa famille ou interné. Notre  témoin en était conscient. « Je savais ce qui m’attendait si jamais j’osais en parler à quelqu’un. Tout le monde m’abandonnerait. Surtout ma famille… »

 La légalisation en occident, une lueur d’espoir

Quand le tabou de l’homosexualité a été levé chez les Occidentaux, plus particulièrement en France en 2013, avec le vote de la loi sur le mariage gay, les LGBT  d’Afrique y ont vu une grande opportunité de pouvoir enfin sortir au grand jour. Et tout naturellement, beaucoup de jeunes gens se sont mis à faire leur coming-out. « Je me souviens, c’était il y a six ans. Quand en France, le mariage gay a été légalisé. J’étais très heureux et je me disais que très bientôt, je pourrais faire mon coming-out. Mais je voulais attendre quelques années, à cause de mes enfants qui étaient encore très jeunes. Il y a un an, quand j’ai finalement avoué à ma femme, ça a été la catastrophe… Tout mon monde s’est écroulé», raconte-t-il, retenant difficilement son émotion.

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Comme lui, des centaines de jeunes béninois, des milliers de jeunes africains ont eu à faire une amère expérience après leur coming-out : le rejet par la société. Un rejet systématique, sans état d’âme. Cette expérience, M. Abalo la fera, de la façon la plus crue qu’il soit. Et ceux qui la lui feront vivre, ce sont les personnes dont il se croyait le plus proche pourtant.

 Après le coming-out, le cauchemar

« Lorsque j’ai décidé de révéler ce que je suis à la société, c’est à la mère de mes enfants que j’ai décidé d’en parler premièrement. M. le journaliste, savez-vous comment elle a réagi à l’annonce de la nouvelle ? Elle a appelé mes parents sur le champ pour tout leur balancer sans m’avertir. Ces derniers ont convoqué une grande réunion de famille avec un prêtre pour parler de ‘’mon cas’’. À cette rencontre, ils ont tout fait pour me dissuader de prendre ce chemin. Ma femme a même menacé de me quitter et de m’interdire de voir mes enfants. Sur le coup, je n’y ai pas cru et je leur ai répondu calmement que je voulais désormais m’assumer. »

Bien évidemment, M. Abalo ne s’attendait pas à être compris du coup, mais il espérait qu’avec le temps, les choses se calmeraient. Malheureusement, elles se sont empirées. « Face à la fermeté de ma décision, Bienvenue a quitté la maison, avec nos enfants. Quand j’ai essayé de la retrouver, elle m’a interdit de les approcher. Mes parents, l’ayant appris n’ont même pas voulu lever le petit doigt pour me soutenir. Au contraire, ils ont encouragé ma femme. Au boulot, la nouvelle s’est répandue et j’ai été renvoyé dès que l’occasion s’est présentée à mon patron. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Ma famille, mes parents, mes amis me rejetaient… Le pire, c’était mes enfants que je ne pouvais plus voir … » confie-t-il, ne pouvant plus retenir ses larmes.

Sur le conseil d’une amie LGBT rencontrée fortuitement, il s’est rendu à Parakou, pour refaire sa vie, trouver du travail, mais en assumant pleinement son homosexualité. Malheureusement pour lui, là-bas, le même traitement lui a été réservé. « À Parakou, j’ai compris que partout où j’irai dans mon pays et même en Afrique, ce sera toujours la même chose. On me jugera pour ce que je suis (son orientation sexuelle, Ndlr). C’est pourquoi j’ai décidé de partir ailleurs, où les esprits sont plus ouverts, en attendant que les mentalités évoluent, que surtout mes enfants grandissent et que je puisse leur expliquer ce qu’il m’est arrivé. Même si ça me fait horriblement mal, c’est la meilleure décision à prendre. »

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Comme M. Abalo, ils sont des milliers de jeunes qui sont obligés de fuir le continent et la persécution, loin de ceux qu’ils aiment, loin de leur terre natale. Leur espoir, dans quelques années peut-être, ils ne seraient plus jugés pour leur orientation sexuelle, mais pour leur humanité.  Et qui sait, après le coming-out, faire leur come-back ?

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