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Société

La présidente du Tribunal d’Allada au sujet des violences faites aux femmes : « les pratiques traditionnelles néfastes continuent de violer les droits…»

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Aubierge Olivia Hungbo Kploca, magistrat présidente du tribunal de première instance d’Allada, Présidente de l’association internationale des femmes juges Chapitre du Bénin-AIFJ, évoque dans cette interview le rôle de l’Association, sa vision et son impact sur sa cible. Elle aborde aussi la question des violences faites aux femmes notamment dans le cadre de la quinzaine contre les violences basées sur le genre .

Quelles sont les types de violences faites aux femmes contre lesquelles votre association mène son combat ?       

Non ! Pas notre association mais la communauté internationale. Il existe plusieurs types de violences : Violences psychologiques, sociales, économiques, sexuelles, violences spirituelles et religieuses, violences physiques. Mais, on s’accorde à les classer généralement dans trois grandes catégories. Les violences physiques, les violences psychologiques et les violences économiques.

Existe-t-il des cas de violences faites aux hommes ?         

Hélas, oui il en existe. Nous ne pouvons pas le nier, il existe en effet des cas de violences faites aux hommes. Mais pour la quinzaine des violences basées sur le genre, il a été retenu par la communauté internationale que la priorité est donnée aux femmes parce qu’en réalité, ce sont les violences faites aux femmes qui sont les plus alarmantes et les plus persistantes. Le ‘’féminicide’’ est de plus en plus répandue et nous devons faire reculer cette tendance. Et la violence appelle la violence. Il faut donc instaurer un climat de paix.   

 Si la communauté internationale a décidé de consacrer une quinzaine à cette violence, ce n’est pas du féminisme mais, c’est parce qu’on a constaté que dans de nombreux pays, les pratiques traditionnelles néfastes, continuent de violer les droits les plus élémentaires des filles et des femmes.

Savez-vous que le mariage précoce et le mariage forcé des filles continuent dans plusieurs de nos communes avec la caution des parents et des leaders religieux ? Savez-vous que dans certaines contrées de notre pays des gens continuent de pratiquer la mutilation des appareils génitaux de nos filles ? Savez que dans notre pays il existe beaucoup de femmes qui ne peuvent entreprendre une activité ou aller travailler sans le consentement de leur mari, à l’heure où le monde entier se bat pour l’autonomie économique et financière des femmes ? Il ne sera pas juste de penser alors que le monde entier lutte et éveille la conscience de tous, sur les violences faites aux femmes que c’est du féminisme ou c’est une lutte des femmes.

Les femmes magistrats réunies au sein de l’Association des femmes juges du Benin Aifj-Bénin chapitre Béninois, réaffirment que leurs engagements dans cette quinzaine sont pour le respect des droits humains et de la dignité humaine. C’est d’ailleurs pour ça que je viens vous rassurer que les magistrats qui travaillent au quotidien dans nos juridictions ont prêté serment pour rendre la justice au nom du peuple béninois en toute impartialité. Il n’y a pas de raison de croire que lorsqu’éventuellement, ils seront saisis d’un cas de violences subies par un homme, la loi ne soit appliquée.

Ainsi les cas de coups et blessures volontaires réciproques entre conjoints ne sont pas systématiquement des violences subies par une femme. N’oubliez, pas que le magistrat doit appliquer la loi et examiner chaque dossier avec tout le discernement requis avant de rendre sa décision.

Je peux vous rassurer qu’il ne suffit d’une simple dispute entre époux pour dire qu’il y a violence subie par la femme. Et ipso facto enfermer l’époux violent, non et non. N’oubliez pas que la justice a aussi une dimension sociale, à œuvrer pour l’apaisement sociale en préservant le noyau familial et surtout tenant compte de l’intérêt supérieur des enfants. Nous voulons aujourd’hui une justice à visage plus humain et plus proche des justiciables

Je conseille souvent aux hommes, lorsqu’ils ne peuvent plus, se retenir face aux provocations, de quitter les lieux. C’est mieux.

Quels sentiments vous anime en tant que femme responsable de juridiction à la tête des hommes. La seule d’ailleurs de nos jours au Bénin ?

Je le suis avec toutes humilité comme je le disais c’est un concours de circonstances. Nous évoluons la magistrature dans le respect des préséances et des grades. J’avais tout cela au moment où ce poste était vacant. Aujourd’hui, beaucoup de mes jeunes collègues ont atteint les grades requis.

Si une femme venait   se plaindre à vous sur des cas de violences verbales ou psychologiques, quels conseils prodigués vous ?     

Je chercherai en premier lieu à rencontrer son époux. Écouter sa version. Toujours privilégier le contradictoire. Sinon on a des surprises désagréables. Cela dépend aussi de la procédure qu’elle souhaite initier. Nous en tant que magistrat nous ne conseillons pas. C’est le rôle des avocats. Lorsque nous sommes saisis, nous devons trancher le différents. C’est la raison pour laquelle je disais que désormais nous ne voulons plus rester indifférentes et impuissantes face aux douleurs de nos sœurs. Souvent elles n’arrivent pas à faire valoir leur droit ni à se défendre. Elles ne les connaissent même pas.    Et quand nous parlons des mariages forcés, ou précoces, nous sommes au cœur des violences basées sur le genre.

En tant que magistrats nous devons agir avec dignité et délicatesse. C’est la raison pour laquelle nos marges de manœuvre sont réduites. A tout moment, nos chefs peuvent estimer que nous avons violé une règle déontologique. Au devoir de convenance de notre état par exemple. Nous sommes donc très prudentes dans nos actions.

Je tiens à saluer le travail de l’association des femmes avocates. Elles font un travail admirable. Nous devons chaque fois tenir compte du fait qu’à un moment où a un autre nous pouvons connaître d’un cas de violence. Nous ne pouvons donc pas nous impliquer en amont. C’est le rôle des avocats et autres juristes.

Parlez-nous pour finir des différentes manifestations que vous organisez dans le cadre de la quinzaine.

Le lundi 9 décembre 2019 à 15h à Allada l’AIFJ-Bénin organise une conférence publique sur le thème du mariage forcé et précoce. C’est une de nos activité phare de la quinzaine

Vous êtes sauf erreur la seule femme président de juridiction au Bénin. Comment se porte la juridiction que vous présidez ?       

En effet, je suis actuellement la seule femme chef de juridiction. Je puis vous dire que c’est un concours de circonstances. Très bientôt, il y aura une pléthore de femmes chefs de juridiction. Le tribunal de première instance de deuxième classe que j’ai l’honneur de présider se porte à merveille.

Parlez-nous de l’Association internationale des femmes juges L’association internationale des femmes juges du Bénin est membre d’une association internationale, je veux citer l’IAWJ qui regroupe près de 4000 femmes juges réparties dans près de 90 pays. C’est une association apolitique à but non lucratif.

Le chapitre béninois de l’Association internationale des Femmes Juges a été créé en août 2004 mais bien avant, le Bénin à travers nos aînées avait déjà, participé à diverses activités de l’Association internationale des femmes juges. C’est le lieu de rendre, hommages à ces Doyennes. Je me permets de nommer ici, Jeanne Agnès Ayadokoun, Magistrat à la retraite mais qui est actuellement chargée de la formation des auditeurs de justice. Elle est la première présidente de notre association. Ensuite, il y a eu Claire Ayemonna, deuxième présidente élue de notre association.

Enfin, en 2017 a l’issue d’une Assemblée générale, j’ai été élue présidente. Je suis donc la troisième présidente depuis la création de notre association.

Quel rôle jouez-vous véritablement dans la communauté ?       

Comme je le disais, nous sommes une association apolitique à but non lucratif. Les femmes qui ont accepté se réunir aux seins d’une Association ont compris qu’elles avaient un rôle à jouer dans la société. Nous ne pouvons plus nous contenter de rester derrière notre pupitre impuissante face à la détresse de certaines justiciables ignorantes de leur droit les plus élémentaires.

Elles souhaitent désormais jouer leur partition pour le développement de la femme et son émancipation. Ainsi, notre association œuvre à développer le leadership de ses membres en premier lieu, puis à promouvoir les droits humains mais plus spécifiquement ceux de la femme et de l’enfant. Elle œuvre aussi pour l’élimination de toutes sortes de discrimination fondées sur le sexe. Elle souhaite contribuer à l’autonomisation et au leadership des femmes à tous les niveaux à travers des activités d’informations, d’éducation et de plaidoyer.

Votre mot de la fin

Je ne peux que vous remerciez pour l’occasion que vous me donnez de présenter notre association. Il s’agit d’une association professionnelle réunissant des femmes magistrats et non des femmes juristes. Je tiens à lever cette équivoque. Il s’agit exclusivement de femmes magistrats.

Nous ne pouvons être sur le terrain au même titre que les autres associations de la société civile en raison des contraintes professionnelles et de nos règles déontologiques. Nous nous contentons pour le moment de sensibiliser sur certains phénomènes et œuvrer à la promotion des droits humains sans tambour battant.

Réalisation: Le Portail / La Voix de la justice

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