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Littérature

L’écrivain Habib Dakpogan au Grand Prix Littéraire du Bénin : « Le Bénin n’est pas le quartier latin de l’Afrique… »

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La littérature n’a jamais été une discipline d’apparats pour cénacles partageant le goût des choses inaccessibles. Elle ne répondra donc jamais à ces idées douteuses entretenues sous nos cieux qui consistent à viser la condition d’écrivain comme une fin en soi et à placer l’homme des lettres au-dessus de tous les échelons sociaux. Malheureuse rêverie dont la manifestation la plus palpable est cette manie de publier rapidement un livre au quartier, sans la moindre relecture, avec des tranches rugueuses comme coupées à la hache, des coquilles plus nombreuses qu’à la plage, et à placer sa photo en costume sur la quatrième de couverture assortie d’une biographie presque aussi longue que le livre lui-même avant de commencer à distribuer à tout venant des cartes de visite avec la mention : « talentueux écrivain, 8 livres à son actif ». La littérature, c’est quand l’homme ordinaire interroge son for intérieur et que les deux s’entendent pour accéder à une sorte de pérennité a priori désintéressée. Elle n’a de sens qu’en ce qu’elle transcende les idées conjoncturelles pour se consolider dans une pensée structurelle, la pensée. Pas dans l’accession de pensée unique mais comme cette entité immatérielle sacrée, cette autorité morale qui trône dans les consciences  et se transmet sous formes de valeurs, se vulgarise dans les hameaux les plus reculés et opère le miracle dans le changement de mentalités (…).

Ecrire aujourd’hui au Bénin, à quoi se résume-t-il ? D’abord qu’on se rassure d’une chose. Le Bénin n’est pas le quartier latin de l’Afrique. Il ne l’a jamais été. Il n’y a aucun quartier latin en Afrique. Il y en a marre de ressasser  cette nébuleuse blague à laquelle on s’accroche aussi longtemps et nous refusons de réfléchir par nous-mêmes, assis longtemps que nous voulons nous indigner face à la médiocrité en évoquant une ancienne gloire qui n’est qu’une vue de l’esprit. Le Bénin humblement, c’est 11 millions sujets de droit et aussi de mécontentements. Et donc 11 millions de raisons d’écrire un livre. Ecrire le Bénin aujourd’hui, c’est donc prendre le parti d’entrer davantage dans le quotidien de nos concitoyens. Aller au-delà des prétextes littéraires de l’amour et de la mort, transcender les thématiques surannées de l’esclavage, de la colonisation, et de leurs corolaires, pour intégrer des considérations de plus en plus factuelles. Encore que, sous le couvert de Lavoisier, ces vieilles thématiques se réinventent et se réinvitent chaque fois dans le débat aujourd’hui sous de nouvelles formes à travers des questions raciales, les polémiques migratoires, les grandes exodes transatlantiques, la question des violences, les questions de pauvreté, le grouillot identitaire et pourquoi pas le FCFA.

Ecrire le Bénin aujourd’hui, c’est décrire le Béninois qui est avant tout cet africain hybride qui vit continuellement le syndrome de la chauve-souris culturelle, lui le Noir et le Blanc imbriqué avec une force de télescopage telle que la séparation paraît quasi inopérable.  Lui qui est assez aliéné ou extraverti au point d’oublier que sa double culture est une ineffable opportunité de création de valeurs (…)

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