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Chronique

Instrumentalisation des traditions pour perpétuer des pratiques rétrogrades: L’avenir de jeunes filles sacrifié, certains parents complices

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Princesse et Juiste A, deux soeurs, victimes miraculées d’un double mariage forcé témoignent

Mariage forcé, présentation et pacte de vie avec des divinités,… Il est de ces mauvaises traditions au sein des familles africaines qui, malgré l’érosion du temps et l’avènement de la modernité, survivent toujours. Telle une maligne gangrène, certaines se sont même profondément incrustées dans le corps social au point où leur pérennisation passe avant tout, y compris avant les individus qui la composent. Et souvent, au bout de ce rouleau compresseur, ce sont des drames personnels, des vies broyées, des libertés piétinées et sacrifiées par des individus, faussement  »gardiens de la tradition », qui tordent le cou aux vraies principes de la religion Vodoun pour servir leurs intérêts égoïstes… Nous avons recueilli le temoignage de Adomou S. L. Princesse et Adomou D. S. Juiste, deux soeurs, malheureuses victimes qui nous ont raconté le drame de leur vie.

Au Bénin, sur la terre du Vodoun, l’une des plus anciennes traditions consistent à consulter les divinités pour identifier laquelle est la protectrice d’un individu. Par des cérémonies ensuite, on lie l’existence de la personne à la divinité et cette dernière lui procure protection et fortune. Elle ne constitue pas vraiment une  »mauvaise pratique » en soi. Seulement, certains individus décidés à faire perdurer le mariage forcé, se servent de cette tradition. Princesse et Juiste sont soeurs, avec une légère différence d’âge. Elles menaient une enfance tranquille dans l’un des quartiers de Cotonou, lorsque pour les six (06) ans de Juiste, la plus jeune, A., leur père décida de les emmener  »connaître leur village ». <>, raconte Princesse. Tout se passait très bien, poursuit Juiste, lorsque la veille du retour, l’oncle de leur père, qui est le chef de famille depuis le décès de son frère, leur grand-père leur a annoncé :  »quand Ji (surnom de Juiste, NDLR) aura 18 ans, on viendra vous chercher. Votre mariage avec votre tonton Z se fera en même temps que la cérémonie de présentation à notre divinité, la protectrice de notre famille ». C’était devant leur père, qui avait simplement hoché la tête.
À cette annonce, les deux petites filles à l’époque, avait cru à une plaisanterie du vieil homme pour juste leur faire peur. En effet, en ces moments-là, la lutte contre certaines mauvaises pratiques traditionnelles comme l’excision et le mariage forcé battait son plein. Et les filles étaient déjà plus ou moins conscientes qu’on ne pouvait plus les forcer à prendre un mari, qui plus est le même pour elles deux ! Néanmoins, pour se rassurer, elles interrogèrent leur papa.  »Quand on lui a demandé, papa nous a assuré que la cérémonie visait simplement à nous offrir la protection de la divinité. Comme ce n’était que pour notre bien, le sujet est passé aux oubliettes… », confirme Juiste

Le mariage forcé, comme dans un cauchemar pour Princesse et Juiste

Quelques années seulement après la visite au village, beaucoup de choses ont changé dans le quotidien des soeurs. Leurs parents ont divorcé. Elles vivent désormais avec leur mère et leurs deux autres frères et soeurs. Comme leur mère, elles se sont converties à la religion chrétienne et fréquentent désormais assidûment une eglise. C’est dans ce fleuve qui s’efforçait de couler tranquillement que A. vint jeter une grosse pierre. <>, confie Juiste. Leur mère essaya de s’opposer en raisonnant A., mais ce dernier la menaça immédiatement de s’en prendre à elle, par voie mystique s’il le fallait. Il ajouta, à l’endroit de ses filles que c’est la volonté des divinités. <>
Les deux jeunes filles et leur mère étaient horrifiées, comme frappées d’incrédulité. Comment au 21e siècle, l’on pouvait sacrifier ainsi l’avenir de ses enfants, juste sur la base des propos d’un vieil oncle ? Comment ? Les deux soeurs voyaient le fil de leurs vies leur echapper. Juiste, surtout qui depuis toujours, entretenait un lourd secret, avait l’impression que le destin s’acharnait sur elle. <> Et la seule chose qui se tenait encore entre elles et ce drame, c’était la volonté de fer de leur mère.

Mariées… mais à un époux providentiel : leurs études !

Malgré la peur que ressentait la mère des deux jeunes filles face à la menace de A., elle était décidée à donner la chance à ses enfants de choisir eux-mêmes leur chemin. <Princesse Ensuite, maman a exposé la situation à une de ses soeurs qui vit à l’étranger (en France, NDLR). Ensemble, elles ont trouvé que la meilleure solution pour échapper définitivement à tout ça est de nous faire quitter le pays et aller poursuivre nos études en France. Actuellement, elles font les courses pour ça.>> Ironiquement, mais avec une pointe de tristesse Juiste ajoute <> Et à sa soeur aînée, Princesse, toujours choquée d’ajouter <>
Cette question, de toute évidence, beaucoup de jeunes filles, elles aussi victimes, mais moins « chanceuses » que Princesse et Juiste Adomou, se la posent certainement au quotidien, piégées dans les liens du mariage forcé. Malheureusement sans réponse.
Et si rien n’est fait, fermement, pour séparer le bon grain de l’ivraie dans nos traditions, beaucoup d’autres se la poseront encore dans le futur.

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