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Diplomatie: Comment le Bénin peine à « décrocher » des positionnements dans l’Union africaine

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La semaine écoulée, une certaine presse locale béninoise a titré dans sa « une » que le Bénin aurait “décroché” un poste au sein du Conseil de Paix et de sécurité de l’Union africaine. Ce titre m’a fait un peu sourire quand j’imaginais comment la communication (j’ai fait un court séjour dans le monde de la communication) d’une telle annonce pourrait faire croire que mon pays avait réalisé un exploit ! J’ai alors jugé utile, à travers ce petit billet qui n’est soutenu par aucune raison politique, d’édifier ceux qui s’intéressent aux choses du monde diplomatique comme moi, sur les tenants et aboutissants. Une fois de plus, mon billet doit être vu comme un outil de renforcement de capacité sur le sujet, au regard de ma modeste expérience de 7 ans dans le monde politico-diplomatique d’Addis-Abéba d’où j’apprends chaque jour:

Non, le Bénin n’a vraiment rien « décroché » lors du sommet de l’UA.
« Avoir décroché quelque chose » suppose qu’on s’est battu pour cette chose, contre vents et marrés et qu’on ait pu l’obtenir quoique cela ne nous est pas, à priori, destiné. 
Ici, dans l’action diplomatique, «décrocher» signifierait que la diplomatie béninoise aurait  planifié, aurait nourri la vision, aurait engagé des actions de lobbying et de concertation constante et activé des accords bilatéraux avec des pays amis pour « parvenir » à être élu au Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine.- Il n’en était pas le cas, puisque le siège au CPS nous revenait de droit, selon la rotation par pays par ordre alphabétique au sein de la région de l’Afrique de l’Ouest (par extension la CEDEAO). J’explique. 
La liste alphabétique des pays de notre région commence par le Bénin. Les ambassadeurs de la CEDEAO devraient, au moyen des concertations, s’entendre pour choisir 4 Etats membres pour siéger au CPS: l’un pour un mandat de 3 ans et les 3 autres pour un mandat de 2 ans, bien sûr, renouvelables.
Ainsi, depuis sa création en 2004, tous les Etats de la CEDEAO venaient en 2019 de boucler chacun deux mandats de 2 ans (2008-2012 pour le Bénin), à l’exception du Nigéria qui a cumulé près de 14 ans. Par conséquent, on reprend la liste par le premier pays par ordre alphabétique, d’où la désignation automatique et sans procès du Bénin! Donc, notre pays ne pouvait  ne pas siéger au CPS à compter du 1er avril 2020 !
Par conte, on pourrait qualifier d’exploit, la désignation du Bénin pour un mandat de 3 ans, ce qui ne fut pas  le cas.

Que fait alors la diplomatie béninoise en Afrique – pour les béninois?

Du point de vue de positionnement des béninois (et Dieu sait que nous avons des cadres de par le monde), je suis tenté de dire « RIEN ».
A la date d’aujourd’hui, le BENIN n’a officiellement aucun poste dans la sphère de l’UA. 
Tenez juste les statistiques suivantes- Le pays n’a aucun de ses citoyens :
parmi les 10 membres de la Commission de l’UA – CUA (Président, Vice-président et 8 commissaires),
parmi les 8 directeurs de département que comporte la CUA,
parmi les 15 Directeurs centraux de la CUA,
parmi les 13 Conseillers au service du Président et du Vice-président de la  CUA,
parmi les 7 Représentants permanents de la CUA auprès des institutions internationales/régionales basées à New York (USA), Bruxelles (Belgique), Genève (Suisse),  Beijing (Chine), Caire (Egypt.), Lilongwe (Malawi),
parmi les 13 Représentants spéciaux, Chefs de Bureau de Liaison de la CUA,
parmi les 9 Hauts représentants de l’UA,
parmi les 4 Envoyés spéciaux du Président de la CUA,,
parmi les 7 Représentants Spéciaux du Président de la CUA.

Au total, si mes calculs sont bons, AUCUN des 86 hauts fonctionnaires politiques de l’Union africaine n’est béninois.

C’est la faute à qui? Ne me demandez pas, parce que moi–même je cherche encore la réponse. Pourtant, le Bénin fait partie des premiers Etats à mettre en œuvre la mesure de 0.2 % de taxe sur les importations éligibles destinée à financer l’Union africaine, et notre pays honore ses engagements financiers vis-à-vis de l’Union! Alors, comment la Diplomatie béninoise n’arrive pas à rentabiliser les 220.518,76 dollars américains (soit environ plus de 122 millions de francs CFA) que le pays paiera en 2020 à titre de contribution, une somme qui sera mobilisée sur les impôts du contribuable national ?

Pire (ou mieux encore), à l’heure où nous écrivons,
le  Bénin n’est ni membre de bureau, ni simple membre d’un des 4 comités ministériels au niveau du Conseil Exécutif de l’UA,
aucun ministre béninois n’est membre de bureaux des 14 Comités techniques spécialisés (CTS) de l’UA, comités qui rassemblent les ministres sectoriels,
le Bénin n’est membre d’aucun bureau des 11 sous-comités du Comité des représentants permanents (COREP), c’est-à-dire, l’Union africaine au niveau ambassadorial, alors même que le Mali, le Burundi et le Congo sont dans plusieurs bureaux à la fois. Est-ce une question de masse de la contribution au budget de l’Union africaine ? NON, le Bénin contribue  plus que le Burundi, par exemple.
Le Bénin N’ABRITE AUCUN des 30 Organes ou Institutions spécialisées ni Bureau de liaison de l’Union africaine, pour qu’au moins des nationaux puissent occuper des postes, tout au moins d’exécutants. Même si l’accueil d’un organe est relativement couteux pour l’Etat, sur le long terme, cela contribue à faire tourner l’économie locale avec des réserves étrangères. Si non, comment compendre que des pays comme l’Ethiopie, le Kenya, le Cameroun, l’Afrique du Sud, l’Algérie, etc… se battent à chaque occasion pour recevoir sur leur territoire, les institutions de l’UA?
Et pourtant, notre pays a démontré son panafricanisme en facilitant les procédures d’entrée des frères africains sur son territoire « sans visa », faisant de lui le 1er pays le plus ouvert aux africains. 
Convenez alors avec moi qu’il n’en faut pas plus pour que le Président Patrice Talon soit désigné « Champion sur la libre circulation des personnes » et inciter la création, pour le présider, d’un Comité de Haut niveau pour la libre circulation des personnes en Afrique, dans le but de réaliser les aspirations de l’Agenda 2063 y relatives. 

Tout béninois, dans la diaspora pourrait, s’il en est investi autrement, devenir un puissant outil dans la main de la diplomatie. Seulement, que la voie soit tracée par le Chef de la Diplomatie ! Nous sommes au service de notre cher pays que nous voudrions voir briller davantage. Rien d’autre !!!

Octavio Hermeland Diogo est un jeune béninois basé à Addis-Abéba, la capitale politico-diplomatique de l’Afrique. Il a servi plusieurs ambassadeurs dont 2 américains, un béninois et une guinéenne. Il s’intéresse à la diplomatie et aux dynamiques politiques internes des Etats africains, notamment ceux de l’Afrique Centrale. Son blog est http://koideuxneuf.blogspot.com

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