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Génération égalité : comment promouvoir les droits de la femme à travers la néo-masculinité

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La masculinité positive ou la « néo-masculinité » est un mode de pensée évolutive, affranchi des diktats phallocratiques et rétrogrades. C’est une nouvelle forme de virilité non violente et non brutale, qui consiste en l’affirmation de l’homme dans son attitude, en tant qu’être pacifique et co-activiste de la vision du changement de son environnement immédiat, concernant ses rapports avec les femmes. La néo-masculinité ne dévirilise pas mais elle réoriente les comportements.

Dans la plupart des sociétés du monde, surtout en Afrique, le garçon et la fille, bien que n’ayant pas les mêmes caractéristiques physiques, sont élevés, perçus et socialisés différemment, créant ainsi un fossé entre le rôle et la place de chacun d’eux au sein de leur environnement et fréquentations. Depuis belle lurette, les hommes ont toujours bénéficié d’un statut et d’une situation sociale qui les a placés sur un piédestal, à l’abri des discriminations, des inégalités et de certaines violences. Les contextes culturel, politique, économique, historique et idéologique ont largement contribué à enraciner des comportements et des diktats phallocratiques qui ont étouffé l’harmonie sociétale, exempte de toutes les bavures et discriminations envers les femmes. Il intervient alors la nécessité de promouvoir une nouvelle façon de percevoir la dynamique de complémentarité de genre à travers la néo-masculinité !

Quid de la néo-masculinité? 
La néo-masculinité est une redistribution et une nette compréhension de l’impact et du rôle prépondérant de l’équilibre genre dans notre société actuelle. C’est une approche purement féministe, collaborative, non violente et futuriste. C’est une découverte individualiste et pacifique.

Les bonnes raisons d’opter pour la néo-masculinité

La néo-masculinité ne vient pas usurper la place des femmes dans la société ou déviriliser, dénaturer les hommes de leur essence. Il est simplement question de remodeler la pensée masculine vers une concentration de soi sur les valeurs, les qualités personnelles et non sur la brutalité et la violence. C’est d’abord et avant tout un travail sur soi-même, en tant qu’homme, qui ne concerne pas systématiquement les femmes en ligne de front. C’est une émancipation, un travail de fond et une connaissance approfondie de l’homme, sur l’homme et pour l’homme.
La masculinité positive, c’est aussi rediriger les rapports homme/femme vers une acceptation des différences, une cohésion sociale durable et efficace et une pleine implication dans le combat contre les discriminations, les abus, les exploitations et inégalités dont sont victimes les femmes. Elle se veut déterminante, en agissant dans l’intérêt collectif. La néo-masculinité pourrait être vue comme un outil de dépassement de soi, de la défense de la cause universelle, pour un monde meilleur, dans lequel chacun trouve sa place et se sent important et respecté. C’est une évolution idiosyncratique de la virilité des hommes et aussi par rapport au radicalisme ayant trait à certains principes culturels et moraux, dont ils ont été les maitres absolus depuis des siècles. La néo-masculinité garantit les libertés individuelles, la liberté de choix de chacun dans le processus d’affirmation et de reconnaissance du potentiel, du rôle et de l’équilibre sain des genres dans la société.

La masculinité positive remet en cause la crise d’autorité de certains hommes concernant leur privilège et droit absolus sur la femme. Tel est le cas en Afrique,  comme dans plusieurs autres communautés, même jusqu’à nos jours, où les hommes sont soit exempts, soit interdits de cuisiner, ni d’avoir accès à la cuisine, au prétexte que c’est un lieu réservé « uniquement » aux femmes. Cela a créé un handicap pour ces hommes lorsqu’ils sont allés étudier hors du cocon ou environnement familial, où plusieurs hommes sont émancipés et affranchis des conceptions phallocrates rétrogrades et misogystes. Cela a vraiment causé du tort à plusieurs hommes, une fois sortie de leur environnement habituel, parce qu’ils ont dû faire face à la réalité dans laquelle, les hommes font la cuisine, la vaisselle, le ménage et gardent les enfants pendant que la femme est occupée à d’autres tâches.

La néo-masculinité est aussi le féminisme sous l’angle des hommes soucieux de l’égalité des genres, sans passe-droit, ni favoritisme pour personne. C’est une approche spécifiquement basée sur le mérite et le militantisme de la reconnaissance des talents et compétences de chaque sexe.

Il faut redéfinir la socialisation des garçons et hommes 

De prime abord, il convient de rappeler que la socialisation est le produit de l’éducation parentale et/ou environnementale. C’est un mélange résultant de plusieurs facteurs et conditions. Tout part des croyances religieuses, des us et coutumes, ainsi que de l’influence des acteurs de socialisation sur le comportement des enfants. Il s’agit pour les garçons surtout, d’élargir leur champ visuel, émotionnel et intellectuel dans les rapports avec les filles. Il est question pour les différents acteurs de socialisation d’éduquer les garçons de telle sorte à les amener à considérer et voir les filles comme égales à eux, donc capable d’accomplir les mêmes tâches qu’eux et d’exercer les mêmes métiers qu’eux, plus tard, dans leur vie adulte. Le pérennialisme des cultures et croyances ancestrales qui confèrent à l’homme un pouvoir absolu et incontesté sur la femme, doit s’appliquer dans des cas spécifiques et ne doit pas empiéter sur l’évolution de la pensée humaine.

Plusieurs interrogations nous amènent à repenser la socialisation des garçons concernant la division du travail, dans la mesure où :
les garçons et les filles ne sont pas toujours conviés aux mêmes activités socioculturelles à la maison ou à l’école ;
le niveau d’implication des garçons et des filles, ainsi que le temps passé dans leurs activités ne sont pas les mêmes ;
le niveau d’engagement et les résultats obtenus entre les filles et les garçons ne sont pas les mêmes ;
la rétribution ou la rémunération pour une tâche similaire entre une fille et un garçon ne n’est pas non plus la même.
Par ailleurs, il s’agit pour la masculinité positive de montrer aux garçons de ne pas refouler ou honnir leur côté émotionnel, par peur d’être jugé d’efféminé car, l’émotion existe en chaque être humain. Très souvent, les émotions refoulées ou absorbées des hommes se manifestent par la colère, l’agressivité dans le comportement et le langage, tout simplement parce que ces garçons/hommes n’ont pas reçu l’attention nécessaire dont ils avaient besoin étant enfant. Les parents se sont focalisés sur l’éducation des filles, au prétexte que les garçons sont émotionnellement stables. Cela est une vision erronée de la masculinité.

La néo-masculinité se construit dans un contexte de bienveillance des hommes envers la condition de la femme, une ouverture d’esprit par rapport au nombre incalculable des défis auxquels les femmes font face au quotidien. C’est une main tendue des hommes envers les femmes, dans le but d’aider ces dernières à vivre et de jouir pleinement de tous types de droits sans abus.

La néo-masculinité devient alors l’arme la plus efficace pour atteindre l’égalité de genre car, cette lutte, menée uniquement par les femmes et pour les femmes ne pourra pas garantir un résultat visible et pérenne, si les hommes ne s’y joignent point. C’est une question de redynamisation des perceptions de la vie, de coopération étroite entre homme-femme, d’entente, de compréhension des valeurs, des forces et faiblesses de chacun et de collaboration mutuelle, d’acceptation de différence et de diversité en vue d’atteindre cette équité de genre, dans un monde ouvert, apaisé et harmonisé. Les femmes sont les principales bénéficiaires de cette évolution de la pensée.

Dans cette quête de changement de paradigme,  c’est l’Afrique qui a le plus grand boulot à faire en ce sens que les croyances et modes de vie sont en inadéquation totale avec l’évolution du monde et les défis contemporains, qui nécessitent l’implication des hommes et des femmes, afin de trouver des mécanismes de sortie de crise du genre efficaces et durables.

En relations internationales, en politique, en diplomatie ou dans n’importe quelle science sociale, il devient impératif que les hommes tendent la main aux femmes et œuvrent ensembles, pour atteindre des objectifs fixés dans les agendas de développement.  Pour ce faire, l’impératif  changement de mentalité et de comportement de la gente masculine envers la cause féminine requiert des hommes, de  s’imprégner des inégalités, des discriminations et des injustices sociales dont sont victimes les femmes, en vue de trouver des solutions salvatrices, efficientes et durables pour construire un monde meilleur, dans lequel chacun trouvera sa place, sans empiéter sur les droits et libertés de chaque sexe. Ainsi, sera stratégiquement gagnée la gigantesque  bataille de l’égalité de genre!

Que recommander donc ?

Pour une néo masculinité efficiente et pour un meilleur équilibre de genre, il serait souhaitable :
D’inclure, de manière transversale, le concept de la néo-masculinité dans les agendas de développement de la femme des Organisations Internationales, notamment la Stratégie de l’Union africiane pour l’autonomisation des femmes (GEWE 2018-2028), de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, l’Agenda 2030 de l’UN pour le développement durable, l’Agenda 2040 de l’enfant africain, et de tout autre agenda au niveau national.
De faire des plaidoyers auprès de ces Organisations Internationales, les ONG et les écoles, afin de mettre en pratique le concept de néo-masculinité dans l’exercice de leur mandat et programme académique ;
D’encourager les parents à éduquer les garçons, en leur apprenant des travaux ménagers de telle sorte à ce qu’ils soient autonomes et diligents ;
D’exhorter les parents à ne pas percevoir leurs garçons comme trop émotifs ou efféminés s’ils viennent à pleurer. Cela n’est aucunement signe de faiblesse.
D’encourager les parents à ne pas stigmatiser un genre au profit d’un autre et d’accorder autant d’attention à leur fille qu’à leur fils.

Octavie Louisa est une experte en Gouvernance et en Intégration Régionale, passionnée des questions de droits de l’homme, genre, résolution des conflits, paix et sécurité humaine. Elle est la co-fondatrice de l’ONG Weziza Afrika basée au Bénin et opérant sur le continent. Elle dirige, en qualité de Directrice, l’Institut Weziza Afrika pour la Gouvernance et les Droits de l’Homme dont le mandat touche les questions thématiques de justice transitionnelle, le genre dans la paix et la sécurité, la résolution des conflits, la paix et la sécurité humaine.

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