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Jif 2020: Dr Félicité Akuesson opine sur le statut politique de la femme

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Les obstacles à l’émancipation politique de la femme sont connus et sont d’ordre éducatif, sociologique, économique, culturel, psychologique et bien d’autres. Tout part de l’éducation qui est le vecteur de transmission des stéréotypes. En effet, une étude menée par Margaret Mead sur les tributs de la Nouvelle-Guinée en Océanie: les « Arapesh, » les « Mundugumor » et les « Tschambuli », montre que les tempéraments et les comportements ne sont pas déterminés par le sexe mais sont diversement construits, en fonction de la société. Le sexe importe donc peu dans la mesure où un enfant élevé en garçon se sentira garçon et un enfant élevé en fille se sentira fille. Peggy Antrobus, allant dans le même sens, fait également remarquer que les attentes et les rôles sociaux imposés de l’extérieur ne sont pas les seuls facteurs de perpétuation de la subordination de la femme. Elle dénonce la manière insidieuse dont la culture façonne la perception que la femme a d’elle-même ainsi que la psyché de l’homme, relativement aux rôles dévolus à chaque sexe.
Ce tableau démontre la nécessité d’une prise de conscience par les acteurs de l’égalité des sexes dans le domaine politique. Nous ne devons pas continuer à sous-estimer l’impact des stéréotypes dans l’éducation des filles et des garçons alors que le XXIe siècle confronte l’humanité à un renforcement sans précédent du pouvoir économique, politique et social. De nos jours où le pouvoir économique est devenu le pendant de l’indépendance politique, le faible revenu de la femme devient pour elle un handicap sévère en politique.
Comment y remédier ?
Le célèbre historien Burkinabé Joseph Ki-zerbo nous a averti de ce qui suit : «Un peuple ne peut vraiment affronter son avenir sans une vision de son passé. On ne peut vivre avec la mémoire d’autrui, or l’histoire est la mémoire collective des peuples. Pour qu’ils se sentent concernés par l’avenir, il faut qu’ils se sentent héritiers d’un passé.».
Mais que nous enseigne notre passé, notre histoire ?
Dans l’Egypte ancienne, repère historique de la civilisation africaine, l’instruction était la chose la mieux partagée. Christian Jacq nous renseigne à cet effet dans son ouvrage Les Egyptiennes que l’égalité de chance dans l’éducation des filles et des garçons a permis d’avoir une société équilibrée où la femme avait accès à tous les domaines du savoir. C’est pourquoi, L’Egypte a connu des femmes de renom dans tous les domaines. Scribes, médecins, physiciennes, spiritualistes, femmes d’affaires, économistes…, les Egyptiennes ont gardé la première ligne dans plusieurs domaines du savoir. C’est en effet grâce à cette renommée scientifique que les femmes s’imposaient dans l’arène politique. On pouvait voir des femmes jouer des rôles de vizir, de reines, et accéder à la plus haute fonction politique : il y a eu des pharaonnes.
Mais aujourd’hui, « Le paradoxe de la modernité est précisément dans cet espace étroit entre principe égalitaire et réalité inégale » comme le dit Michèle Riot-Sarcey. Nul n’ignore que certaines tâches dans les milieux professionnels et certaines activités dans les milieux politiques sont dévolues à un sexe ou à l’autre.
A partir de cet instant, on pourrait se demander dans quelle mesure la féminisation (discrimination positive) contribuerait-elle par exemple à l’égalité des sexes en politique. Quelle est l’opportunité du recours à la loi pour acter la participation équitable des femmes et des hommes à la vie politique? La discrimination positive à l’égard des femmes, ou la féminisation de la vie politique comme la désigne Eléonore Lépinard a-t-elle aujourd’hui un sens ?
Ces questionnements amènent à s’intéresser aux fondements de l’inégalité entre l’homme et la femme sur le terrain de la politique. En fait, l’insuffisance numérique des femmes à des postes de responsabilité politique trouve sa source dans la ségrégation sexuée dans l’éducation et les occupations dans nos sociétés. C’est pourquoi, malgré les efforts des acteurs de l’égalité des sexes en politique, qui est d’ailleurs une revendication légitime et un moyen de mobilisation politique, la réalité des faits donne à constater que les politiques publiques qui doivent la rendre effective, sont le plus souvent confrontées à de nouvelles stratégies de créations de nouvelles inégalités.
Dans le contexte actuel béninois, la question fondamentale en matière d’égalité politique est la suivante :
Peut-on parler d’égalité dans un contexte politique d’exclusion ?
L’intégration des femmes dans des institutions étatiques n’est pas toujours synonyme de promotion politique de la femme. En effet, ces institutions sont non seulement pensées sans elles mais elles ont également contribué à les maintenir dans une situation d’exclusion. Lorsque c’est comme ça, celles qui sont bénéficiaires de mesures soit disant discriminatoires, introduites malicieusement dans les textes de loi avec des intentions inavouées et aux fins a-t-on dit de permettre un accès numériquement important des femmes à des postes de représentation, sont livrées à elles-mêmes. Du coup, dans leur délaissement, elles constituent des proies faciles, et n’ont plus autre choix que celui de faire la volonté de ceux qui les ont hissées avec des ficelles qu’ils manipuleront à leur guise. Le résultat est connu : elles sont maintenues exclues, écartées du vrai pouvoir.
Pour une réelle émancipation politique des femmes, les décideurs politiques, plutôt que d’emprunter des méthodes manipulatrices et de diversion, doivent opter pour une profonde réflexion sur le fonctionnement des institutions étatiques et des pratiques démocratiques qu’il faudra engager pour une meilleure politique égalitaire des sexes. Ce qui urge en réalité, c’est la définition de l’activité politique dans son rapport aux autres sphères d’activité sociale aussi bien dans le domaine public que celui privé.
Ayant pris conscience de ce que le pouvoir n’a pas de sexe, une équipe de femmes que j’encadre se bat pour montrer la voie aux autres femmes. La femme peut si elle veut. Il est impérieux pour la jeune génération de femmes politiques de connaître leur histoire. Car comme le souligne Karl Jaspers, « Aucune réalité plus que l’histoire n’est essentielle pour la conscience que nous prenons de nous-mêmes».
La femme doit cesser d’être un objet, un instrument politique pour devenir un vrai sujet politique
Aucune politique de discrimination positive ne peut prospérer dans un système politique d’exclusion. Le Président de la République de Djibouti son Excellence Ismail Omar Guelleh, dans son allocution lors de la Journée Internationale de la Femme, le 08 mars 2017, l’a si bien dit : «  Une société qui discrimine est une société qui se condamne à l’inertie ». C’est dans la convivialité et la complémentarité que femmes et hommes, bien éduqué(e)s, bien instruit(e)s et bien formé(e)s, pourront contribuer valablement à l’épanouissement de l’Humanité.

Dr. Félicité Adolé AKUESON,
Maître-Assistante des Universités du CAMES,
Spécialiste de Philosophie Politique et Sociale/ Genre et Développement

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