Connectez-vous

Opinions

Lutte contre l’harcèlement en milieu de travail : 4 propositions au gouvernement de Patrice Talon

Publié

le

Par Octavio Diogo

Elle n’en pouvait plus ! Angela Kpeidja ne supportait plus le harcèlement sexuel et moral qu’elle subissait à l’ORTB et elle l’a exprimé le 1er mai 2020 sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la fête du Travail. La mauvaise conduite était devenue la norme, dans des maisons de production audiovisuelle et au sens large dans l’administration publique et les entreprises privées, avait exaspéré l’ancienne Chef Desk Santé de la Chaine nationale. Au lendemain de cette dénonciation, la déferlante vague de témoignages complémentaires par vidéos ou écrits d’anciens animateurs ou acteurs des médias locaux, anciens stagiaires dans l’administration publique et bien d’autres, ont fait le tour de l’internet pour enfoncer le clou et déballer sur la place publique, les dessous du monde des médias, tout comme celui de l’administration.

Pour confirmer que rien ne lui échappe, le premier magistrat du pays, le Président Patrice Talon a rencontré quelques jours plus tard dame Angela et les responsables de l’Office incriminé. Dans son adresse sur Facebook aux sorties de ladite rencontre, le Président a déclaré s’être “intéressé au sujet, convaincu que de nombreuses femmes béninoises, dans le cadre de leur travail, peuvent être sujettes à ces pratiques répréhensibles. » . Il a renchéri en martelant la nécessité «d’offrir les conditions idoines aux victimes afin qu’elles puissent se faire entendre, dénoncer leurs bourreaux pour que justice leur soit faite. C’est pourquoi le Gouvernement ne manquera pas d’engager des actions hardies en vue d’assurer une meilleure protection aux femmes afin de les encourager à briser la loi de l’omerta. ».

C’est dire que le Président de la République s’est engagé dans le combat contre le harcèlement en milieu de travail, tout comme il l’a fait contre la corruption et les pourboires dans l’administration publique. Et c’est bien à propos ! En effet, le harcèlement sexuel peut se produire dans n’importe quel milieu de travail, d’une usine à un bureau, d’un magasin à une école, dans le commerce comme dans les institutions internationales. En conséquence,  le harcèlement peut  empêcher les victimes de gagner leur vie, de faire leur travail efficacement ou d’atteindre leur plein potentiel et leur vision.

Le président Talon s’est rendu compte que le dispositif législatif mis en place, notamment les lois 2006-19 du 17 juillet 2006 portant Répression du harcèlement sexuel et protection des Victimes en République du Bénin et n ° 2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et Répression des violences Faites aux femmes, ne pourraient suffire pour endiguer le mal : il faut davantage son implication personnelle. Cet engagement doit être entendu comme une volonté plus forte de faire respecter les lois ci-dessus citées, et en conformité avec la Charte Africaine sur les Valeurs et les Principes du service public et de l’Administration que le Bénin a ratifiée le 28 mars 2019. Ladite Charte fait l’obligation aux Etats l’ayant ratifiée de promouvoir, entre autre le « professionnalisme et l’éthique dans le service public et l’administration » et à l’administration de « protéger ses agents contre toutes formes de menaces, d’insultes, de harcèlement ou d’agression » (Article 16 alinéa 2).

Dans ce cadre et loin des polémiques qui pèsent sur elle en ce qui concerne les questions de valeurs et d’éthique, l’administration béninoise doit pouvoir saisir l’opportunité de rendre plus durable et efficace, dans la mesure du possible, les actions de lutte contre le harcèlement en milieu du travail, du moins, dans la fonction publique. Pour ce faire, les pistes suivantes peuvent être explorées :

  1. Rendre disponible un numéro vert d’appel pour recevoir, écouter, conseiller, orienter et soutenir les victimes d’harcèlement qui peuvent garder leur anonymat ou volontairement décliner leur identité. Pour sécuriser la victime, une disposition doit pouvoir condamner sévèrement les agents de ces centres d’appels qui divulgueraient des informations ou se rendront auteurs des fuites d’information, alors que des enquêtes seraient en cours pour réprimer les auteurs. Les données personnelles des présumés auteurs et victimes devront être traitées suivant la loi n° 2009-09 portant protection des données à caractère personnel en République du Bénin ;
  2. Elaborer ou faire revisiter le Code de valeurs, d’éthique et de bonne conduite de l’Administration béninoise qui énoncera les valeurs professionnelles, d’éthique, de bonne conduite et celles liées aux personnes ;
  3. Installer dans chaque administration centralisée, déconcentrée et décentralisée ainsi que dans chaque office public/parapublic, un «Service d’Ethique et déontologie administrative et professionnelle (SEDAP)» dirigé par un responsable assermenté, formé et chargé de veiller à l’application stricte du Code de valeurs, d’éthique et de bonne conduite dans l’administration béninoise. Ce service se chargera, chaque année de faire un renforcement de capacité obligatoire pour tous les fonctionnaires de leur administration sur les questions de bonne conduite et d’éthique. Au quotidien, il recevra les plaintes des présumés victimes d’harcèlement et y apporter des solutions, dans la protection totale du/de la plaingant(e). Tous les SEDAP devront reporter au Secrétaire général de la présidence ou son adjoint désigné de manière périodique, avec copie au Ministre/autorité de tutelle, des manquements observés et des solutions apportées en temps opportun ;
  4. Faciliter et assouplir les procédures de saisine des tribunaux de première instance en matière de harcèlement sexuel et moral avec la possibilité pour les victimes d’obtenir des décisions en référé, en raccourcissant les moyens, délais et procédures.

La question du harcèlement n’est pas nouvelle, mais des mesures nouvelles plus institutionnalisées devront pouvoir déraciner le mal et promouvoir la bonne conduite dans nos administrations publiques. Et dans cette démarche, le président Patrice Talon a sûrement, à priori, le soutien de tous les agents publics consciencieux et des citoyens de ce pays !

Octavio Diogo est un juriste béninois dans la Diaspora africaine. Passionné des relations extérieures, des affaires politiques et du développement international, il a servi en diverses qualités, plusieurs missions diplomatiques multilatérales africaines et américaine avant de mettre ses compétences au profit de l’organisation intergouvernementale panafricaine. Il dirige actuellement l’ONG Weziza Afrika qui développe une expertise jeune dans les domaines de gouvernance, du genre et des Droits de l’Homme sur le continent.

Continuer la lecture
Advertisement
Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *