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Santé

Coronavirus : Des révélations du Pr Adoukonou sur l’usage de la chloroquine et la chimioprophylaxie

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Le Professeur Thierry Adoukonou, Directeur de l’Ecole de Santé publique et d’Epidémiologie (ENATSE) de l’Université de Parakou s’est exprimé dans le cadre de la rubrique « Questions aux Experts », une initiative d’African School of Economics. Il aborde ici les probables effets des traitements contre le paludisme du la Covid-19. A en croire l’expert : « les données scientifiques validées ne plaident pas en faveur de l’efficacité de la chloroquine et de ses dérivés sur le COVID-19 ».

Selon le professeur Thierry Adoukonou, sur le plan préventif, il n’est pas scientifiquement justifié de parler également de chimioprophylaxie. « Aucune étude aujourd’hui n’a montré qu’une quelconque prise d’antipaludiques protégerait de la maladie. En science nous avons besoin de preuve avec les standards reconnus. On ne doit pas verser dans du dogmatisme », a-t-il conclu.

Lire un extrait de sa réponse

ASE : Les traitements contre le paludisme ont-ils un effet préventif sur la COVID19 ?

Pr Adoukonou : La chloroquine et l’hydroxychloroquine ont un effet sur les virus à membranes. En effet, la chloroquine in vitro inhibe la réplication virale en bloquant l’acidification du pH endos mal mais aussi agirait sur la cascade de réactions inflammatoires (oragecytokinique). Ces effets sont presque les mêmes avec d’autres antipaludiques. Ceci est prouvé in vitro sur plusieurs virus (Dengue, Chikungunya, SARS-Cov-1…).

Mais tous les essais cliniques réalisés dans ces infections sont négatifs voire délétères. Actuellement les données scientifiques validées ne plaident pas en faveur de l’efficacité de la chloroquine et de ses dérivés sur le COVID-19 mais son inefficacité est non clairement prouvée. Même si des études observationnelles semblent montrer une réduction de la charge virale on ne sait pas si c’est l’histoire naturelle de la maladie ou un réel effet du traitement. Aucun essai clinique de grande puissance n’a prouvé l’efficacité de la chloroquine ou d’un quelconque antipaludique dans le traitement de la COVID-19.

Cela impose la grande prudence d’autant plus que ce traitement n’est pas dénué d’effets secondaires cardiaques et visuels. Sur le plan préventif il n’est pas scientifiquement justifié de parler de chimioprophylaxie. Aucune étude aujourd’hui n’a montré qu’une quelconque prise d’antipaludiques protégerait de la maladie. En science nous avons besoin de preuve avec les standards reconnus.

On ne doit pas verser dans du dogmatisme. Nous ne devons pas non plus sous le prétexte d’une quelconque urgence faire de n’importe quoi et bafouer les règles éthiques essentielles que sont le principe de bienfaisance, de non malfaisance et de liberté. Rappelons que dans plus de 80% des cas l’infection est asymptomatique et que seul moins de 5% des personnes infectées présenteront des complications nécessitant une réanimation.

Le taux d’effets indésirables n’est pas négligeable avec ces médicaments. Par ailleurs, l’attention doit être attirée sur le mésusage de ces médicaments qui pourraient induire des résistances. N’oublions pas que l’OMS attire l’attention sur les risques liés à leur utilisation intempestive et que l’Afrique pourrait faire face à l’émergence de résistance surtout pour le paludisme.

En conclusion aucune donnée scientifiquement prouvée aujourd’hui n’autorise un traitement préventif par les antipaludiques.

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