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Société

Journée mondiale du lavage des mains : Félix Adégnika parle des moments critiques

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La communauté internationale a célébré le 15 octobre 2020, la Journée mondiale du lavage des mains. Une édition qui intervient dans une période de pandémie de la Covid-19. A travers cette interview, Félix Adégnika, expert en Eau, Hygiène et Assainissement, Coordonnateur national du Wsscc se prononce  sur la stratégie et les mesures idoines pour une appropriation et une adoption durable de cette pratique pour sauver des vies.

De quelle façon peut-on célébrer la Journée mondiale du lavage des mains dans un contexte de Covid-19 ?

Il faut la célébrer en mettant l’accent sur la sensibilisation des communautés et des autorités. C’est à ces niveaux là qu’il faut travailler mais aussi il est question de montrer l’importance du lavage des mains et des moments opportuns.

Le thème de cette édition est : «  Hygiène des mains pour tous ». Pourquoi ?

C’est pour montrer l’importance du lavage des mains surtout en cette période de pandémie et qu’il ne faut laisser personne de côté. Tout le monde doit pouvoir avoir accès à l’hygiène des mains. Voilà pourquoi on a besoin d’interpeller les autorités à tous les niveaux pour que le nécessaire soit fait.

Justement, il se fait que dans certaines localités les populations n’ont pas forcément l’eau potable et le savon disponibles. Que faut-il faire ?

Le Bénin fait beaucoup d’efforts pour l’accès universel à l’eau et au savon d’ici 2021. C’est déjà un grand pas. Si on peut atteindre 80% ce sera déjà inédit. On n’aurait jamais vu ça. Mais, pour les 20% qui pourraient ne pas avoir accès  au liquide précieux, j’encourage donc le Gouvernement à faire de l’accès universel à l’eau potable une réalité. Pour ces populations qui n’ont pas un accès direct, il y a des dispositifs qu’on appelle le Tipi-Tap  qui consomme moins d’eau. C’est un dispositif que tous les enfants peuvent fabriquer à leur niveau. Il va falloir les aider à avoir cet équipement simple et commode.

Quels sont les moments de la journée au cours desquels il faut forcément se laver les mains ?

Ce sont des moments que nous appelons des moments critiques. S’il faut les énumérer, c’est essentiellement avant de manger ou de faire manger les bébés, avant de préparer et aux sorties des toilettes mais aussi après avoir touché les animaux. Voilà ces moments critiques. Mais aujourd’hui, en période de pandémie, il faut se laver les mains à temps et à contre temps. C’est le vaccin efficace qui est accessible, mais à une seule condition : se laver les mains correctement et régulièrement.

Combien de temps faut-il prendre pour se laver les mains et comment le faire ?

Il faut 20 à 30 secondes. Il faut se mouiller les mains à l’eau, mousser les mains au savon, frotter les paumes, le derrière des mains, les doigts, les ongles, les poignets. Il faut par la suite rincer et sécher avec un chiffon propre. Il ne faut pas escamoter. L’autre chose est que l’eau seule ne suffira pas. Il faut mettre absolument du savon. Dans les contrées où le savon est un luxe, tout au plus on peut accepter l’utilisation de la cendre. Il vaut mieux quelque chose que de ne rien avoir. Parce que le savon permet de dissoudre la graisse, de tuer les germes.

A Cotonou et environs par contre les dispositifs de lavage de mains courent les rues. Mais, ils semblent devenir juste des épouvantails banalisés. Avez-vous fait le même constat ?

J’ai fait le même constat. C’est dangereux de baisser la garde. Au-delà du lavage des mains, les gens ont leurs masques mais ils  ne les portent plus. C’est juste pour éviter d’être interpellé par la Police qu’ils le portent. Il faut maintenir la veille et que tout le monde puisse respecter les mesures éditées par le Gouvernement. Je crois qu’il  y a un effort à faire. C’est l’occasion en cette journée mondiale du lavage des mains de dire « ne baissons pas la garde, respectons les mesures éditées par le Gouvernement».

Comment rendre durable cette pratique ?

C’est de travailler sur le changement de comportements. Mais il ne s’obtient pas à l’échelle d’un mois ou d’une année. C’est un travail de longue haleine et il faut sensibiliser et conscientiser. Nous avons la chance que la Covid est là pour nous dire si vous ne faites pas, vous allez mourir. C’est vrai qu’on baisse la garde parce que nous avons de moins en moins de cas mortels. Nous avons la chance que le drame n’est pas autant sévère ici qu’en Europe ce qui fait que les gens ne taillent pas toute l’importance nécessaire. Il ne faut pas baisser la garde. Le seul vaccin, l’outil le plus efficace, abordable à moindre coût, qui est à notre portée, c’est de se laver les mains, à l’eau et au savon.

Il y a une thématique qui  vient progressivement au-devant de l’actualité. Je veux parler de l’hygiène menstruelle. Où en sommes-nous au Bénin dans la mise en œuvre de politiques pour briser le tabou ?

L’hygiène menstruelle est une thématique nouvelle mais qui est aussi problématique. Si je vous dis les conséquences sur la fille et l’adolescente, vous n’allez pas me croire. Les actions sont timides. Il y a un séminaire qui se tient actuellement pour la formation des formateurs. On a revisité la thématique. Nous sommes presque sûrs qu’à la sortie de ce séminaire, il y aura des actions institutionnelles et opérationnelles. Nous allons mettre l’accent sur comment briser le silence.  Les menstrues sont aujourd’hui objet d’un tabou. On n’en parle pas. Les femmes semblent rejetées et exclues de certaines activités pendant leurs règles. Des filles sont absentes de l’école trois à cinq jours par mois, voire abandonnent les classes. La fille découvre ses règles, paniquent. Ses camarades de classe se moquent d’elle. C’est tout un tabou à briser pour l’épanouissement de nos filles et de nos femmes.

Comment y arriver avec les pesanteurs sociales et culturelles ?

Quand on a commencé, je m’inquiétais pour ces facteurs. Mais en faisant un tour au Sénégal et au Niger, pour ne citer que ces deux pays, qui sont des conservateurs, de par leurs traditions, ils sont arrivés à relever le défi. Je me suis dit que c’est possible d’y arriver au Bénin. Dans la bible et dans le Coran, il y a des passages qui nous obligent à respecter la femme et à lui concéder ce que Dieu a donné. Les règles, c’est pour la vie. Sans cela, la femme ne pourra pas enfanter. Ce qui donne la vie ne saurait être impur. Je pense qu’il faut revisiter la Bible, le Coran et même nos traditions pour trouver le fondement de ce qu’il faut préserver la vie.

Votre mot de la fin

Je voudrais féliciter le Gouvernement qui fait beaucoup d’efforts pour donner l’eau, mais le plus important est de tenir les promesses. De sorte que fin 2021, n’y ait pas un Béninois qui n’ait pas un accès direct à l’eau. Je félicite ce qui se fait et j’encourage à ce que la promesse soit tenue. Aux populations, je dirai de ne point baisser la garde. La maladie existe. Respectons les mesures éditées par le Gouvernement, notamment le lavage des mains.

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