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Niger : Face aux Djihadistes, les milices d’autodéfense multiplient

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L’armée régulière semble incapable de juguler la menace terroriste dans l’ouest du Niger. Aussi, au péril de leur vie, les habitants montent des milices, cibles de choix des islamistes.

Pour toute arme, ils portent un arc ou un dérisoire lance-pierres. Ils sont jeunes, courageux, et ont rejoint un des groupes d’autodéfense qui se multiplient dans l’ouest du Niger, dans la fameuse zone dite des « Trois frontières ». Une immense région de près de 100 000 km², en fait presque toute cette partie du Niger, au nord de Niamey, coincée entre Mali et Burkina Faso.

La capitale n’est pas très loin et pourtant, les autorités sont incapables d’assurer la sécurité de la région. 100 personnes ont été tuées dans deux villages en janvier, puis 141 en mars dans un village près de Tillabéri. Au mois de mai, un ultimatum des groupes armés à quitter la région a même provoqué l’exode de plus de 10 000 personnes.

Ces attaques à répétition contre les villages autour de Tillabéri poussent les villageois, surtout les plus jeunes, à se défendre eux-mêmes. Leur armement est rudimentaire et il leur faut une bonne dose de courage pour oser affronter des hommes armés de fusils d’assaut – jihadistes ou voleurs de bétail – avec un arc ! Le plus souvent, ces miliciens se contentent de monter la garde, sans que l’on connaisse leur réel pouvoir de dissuasion. Prétendre à plus se révèle très dangereux.

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Le 2 novembre dernier, le maire de Banibangou, Oumarou Bobo, a payé de sa vie cette révolte, et avec lui près de 70 de ces miliciens partis à la recherche d’un indicateur dans un repère de jihadistes. « Des bandits nous ont aperçu du haut d’une colline, ils se sont précipités vers nous et ont ouvert le feu, tuant un bon nombre de nos hommes », raconte à l’AFP Saïdou Garbèye, un chef religieux rescapé de l’expédition avec 15 autres hommes.

Des milices juste tolérées

C’était la première opération de ce comité contre des jihadistes depuis sa création il y a quelques mois. « Des civils mal équipés, sous-entraînés, ne pouvaient défaire des jihadistes qui défient mêmes nos armées nationales », relève un journaliste local cité par l’AFP.

Cinq jours après le massacre, le président du Niger Mohamed Bazoum avait fait le déplacement dans le village pour honorer les morts, rappelant que c’est à l’armée de faire le travail. « Je comprends que vous ne soyez pas satisfaits de notre rendement, de nos performances. Si vous pensez que pouvez assurer votre défense c’est légitime, mais celui qui doit assurer votre défense et sur lequel vous devez compter c’est l’Etat », a-t-il déclaré.

L’exemple du Burkina-Faso

Les autorités du Niger se méfient de ces milices villageoises qui commencent à fleurir. Elles ne sont pas interdites, juste tolérées, et ne seront pas équipées par le gouvernement. En effet, le risque est double : d’une part, pour la population qui y participe sans formation militaire ni armement et devient juste une cible de choix pour les jihadistes ; et d’autre part, parce que le gouvernement craint des dérives intercommunautaires, des règlements de compte entre villages quand différentes ethnies cohabitent.

Le Burkina Faso voisin a mis en place les Volontaires pour la défense de la patrie, des supplétifs de l’armée dont la mission est de servir d’agent de renseignement, mais aussi de monter au feu. Les volontaires sont formés au maniement des armes et sont dotés d’un fusil d’assaut. Une formation de deux semaines trop courtes aux yeux de certains, d’autant que ces volontaires sont devenus des cibles pour les jihadistes. Au final, cela n’a rien réglé sur le plan sécuritaire, mais a augmenté le nombre des morts civils.

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Pour tenter d’empêcher la création des milices et renforcer l’armée, Niamey a lancé une campagne de formation et d’intégration dans la Garde nationale de jeunes des régions touchées par « le terrorisme ».

Quelque 500 d’entre eux ont déjà été recrutés dans la région de Diffa, dans le sud-est, théâtre d’attaques du groupe Boko Haram et de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), 500 autres de la région de Tillabéri et Tahoua devant l’être prochainement, d’après un proche du président.

Louisa-Carla (coll)

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