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Politique

Honduras : Xiomara Castro en tête de l’élection présidentielle

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Dans un pays en proie à la violence des trafiquants de drogue, la candidate de gauche Xiomara Castro a revendiqué dimanche 28 novembre la victoire pour la présidence du Honduras. « Nous avons gagné ! » a-t-elle ainsi lancé devant ses partisans réunis au siège de son parti LIBRE. Selon les premiers résultats partiels, la participation des électeurs s’est établie au niveau « historique » de 62 %, a annoncé le Conseil national électoral (CNE).

Avec les bulletins de plus de 41 % des centres de vote dépouillés, Xiomara Castro, épouse de l’ancien président Manuel Zelaya renversé en 2009 par un coup d’État, obtient 53,46 % des suffrages, tandis que son adversaire du Parti national (PN, droite) Nasry Asfura obtient à peine plus de 34 % des voix. Le CNE a insisté sur le caractère provisoire de ces résultats et a exhorté les candidats et les électeurs à attendre les résultats définitifs.

« Les gens ne voteront pas pour Xiomara, mais contre Juan Orlando Hernandez »
Oratrice au verbe haut prononcé d’une voix douce, la sexagénaire issue d’une famille catholique de la classe moyenne a gagné sa popularité en prenant la défense des plus déshérités dans un pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans un Honduras profondément conservateur et à la tradition machiste, elle a réussi à surmonter le double handicap d’être qualifiée par ses opposants de « communiste » et de marionnette de son mari, qu’elle a épousé à l’âge de 16 ans et avec qui elle a eu quatre enfants.

Cependant, plus que d’un vote d’adhésion, Xiomara Castro a bénéficié d’un vote sanction contre le parti de droite au pouvoir, selon l’analyste Raul Pineda, ancien député du Parti national. « Les gens ne voteront pas pour Xiomara, mais contre (le président sortant) Juan Orlando Hernandez et ce qu’il représente », avait-il prédit.

Toujours coiffée d’un chapeau blanc de style western, et vêtue de rouge pendant la campagne électorale, la candidate âgée de 62 ans martèle son projet d’un « socialisme hondurien démocratique », et prend soin de se démarquer des régimes cubain et vénézuélien, qui servent d’épouvantail à ses rivaux.


« Xiomara n’avait jamais imaginé se présenter à la présidence et pouvoir gagner, c’est le coup d’État (contre son mari) qui lui a donné cette occasion historique », commente le sociologue Eugenio Sosa, professeur à l’université nationale. Elle devra à présent prouver que son mari n’est pas « le pouvoir derrière le trône. Je crois qu’elle peut nous surprendre », ajoute-t-il.

« Doña Xiomara n’est pas ?Mel? (Manuel) Zelaya. Nous la connaissons depuis longtemps, c’est une dame sérieuse », juge Juan Carlos Sikaffy, le président du Cohep, l’organisation du patronat hondurien. Après son mariage, elle a assisté son mari en administrant ses fermes, ses élevages de bétail et ses exploitations forestières. « Xiomara est une femme douce, mais elle a un fort caractère », dit d’elle l’ancien chef d’État. « Elle m’a accompagné merveilleusement et sans son appui je n’y serais pas arrivé (à la présidence). Et le destin, c’est comme ça : maintenant, c’est moi qui lui apporte mon soutien », conclut-il.

« Je n’ai pas d’ennemis »
Au soir de sa victoire, elle a « tendu la main à (ses) opposants ». « Je n’ai pas d’ennemis », a-t-elle lancé à l’intention de ceux qui ont tenté de la discréditer en la taxant de « communiste » et ont dénoncé ses propositions de légaliser l’avortement thérapeutique et le mariage homosexuel? des thèmes particulièrement polémiques dans un pays où la population se répartit de manière quasi égale entre Église catholique et obédiences évangéliques.

Depuis le coup d’État de 2009 qui a renversé Manuel Zelaya, le Honduras a été dirigé par le Parti national sous la férule de Juan Orlando Hernandez, soupçonné par les États-Unis d’être impliqué dans le trafic de drogue.

« Nous avons besoin d’un changement, même si c’est douloureux. Il y a tellement de pauvres, de souffrance », a dit à l’AFP avant la grand-messe du dimanche Hermer Sorto Paz, curé du village touristique de Santa Lucia, à une dizaine de kilomètres de Tegucigalpa. « Ne votons pas pour ceux qui pendant toutes ces années n’ont fait qu’amasser de l’argent pour eux-mêmes, et ne vendons pas notre vote », a-t-il ajouté.

Sentant le vent tourner, le PN avait durci le ton de sa campagne, traitant la leader de LIBRE de « communiste » et vilipendant ses propositions de légalisation de l’avortement et du mariage homosexuel.

Le parti de droite est en outre réputé pour ne pas reculer devant la fraude pour gagner des élections.

Déjà candidate en 2013, battue d’une courte tête par Juan Orlando Hernandez, Xiomara Castro a réussi cette fois à réunir une coalition de partis de gauche et de centre gauche. Elle a aussi bénéficié de soutiens de poids, dont celui de Salvador Nasralla, une star de la télévision qui avait échoué de peu en 2017 face au président sortant, réélu lors d’un scrutin marqué par des accusations de fraude.

                                               Louisa-Carla (coll)

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