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Omicron : l’Afrique du Sud sur une ligne de crête économique et sanitaire

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Aéroport du Cap, samedi 27 novembre, 19 heures. C’est le début de la saison touristique, et pourtant, les halls sont vides, les sièges tout autant. Les boutiques de souvenirs avec leurs pingouins en peluche sont tristement solitaires. Plusieurs pays viennent d’annoncer des restrictions de voyage concernant l’Afrique du Sud, une chape de plomb vient de s’abattre sur le moral des Sud-Africains. Au comptoir d’un café, une serveuse tend un brownie à un client. « Les choses commençaient enfin à revenir à la normale, les touristes revenaient. Mais on se prend encore ça, une nouvelle fois? »


L’Afrique du Sud « sanctionnée »
La réaction rapide ? ou précipitée ? ? à l’international choque en Afrique du Sud. Des caricatures dénoncent un nouvel « apartheid », pointant le fait que les restrictions englobent l’Afrique australe, alors que seuls le Botswana et l’Afrique du Sud ont identifié des cas du variant Omicron. À l’inverse, de nombreux pays « du Nord » sont également touchés par le variant, sans pour autant subir d’interdictions de voyage.

                                               
La découverte en Afrique du Sud d’un nouveau variant du coronavirus, baptisé Omicron, poussent plusieurs pays du monde à un nouveau tour de vis. En Europe, en Asie ou en Afrique, certains ont déja interdit les vols en provenance d’Afrique australe. D’autres, à l’instar du Royaume-Uni, appliquent des mesures à l’ensemble des personnes entrant sur leur territoire. Tour d’horizon.
Le manque de vaccins sur le continent africain revient également au c?ur des récriminations. Il est dénoncé par des scientifiques, à l’instar de l’épidémiologiste Salim Abdool Karim, comme une raison de l’apparition de nouveaux variants. « C’est inacceptable et immoral de la part des pays riches d’acheter des vaccins et de les amasser alors que les pays pauvres doivent rester en queue de file pour obtenir des vaccins. » Pour Mark Heywood, un activiste des droits de l’homme, « ça devrait servir d’avertissement aux pays développés qui accaparent les vaccins et essaient de construire un mur entre les pays pauvres. Il va y avoir plus de variants et ils vont émerger, car des milliards de personnes ne sont pas vaccinées. »

Si l’annonce du variant a suscité autant d’intérêt dans le pays qu’ailleurs, ce n’est pas tant l’aspect sanitaire qu’économique qui a immédiatement accaparé le débat. Les annulations ont commencé à pleuvoir dès que Royaume-Uni a mis le pays sur liste rouge vendredi, selon David Frost, PDG de la Southern African Tourism Association. « Il n’y a plus d’espoir pour une bonne saison estivale en Afrique du Sud », a-t-il asséné. Les professionnels du tourisme ont à moitié reproché aux scientifiques d’avoir dévoilé l’existence du variant avant d’avoir pu en apprendre davantage sur sa contagiosité et sa dangerosité, et ont appelé à la retenue le gouvernement concernant de nouvelles mesures.

Un appel entendu : en contraste avec les réactions internationales, le président sud-africain a été beaucoup plus mesuré dans son discours dimanche 28 novembre. L’alerte sanitaire, actuellement au niveau 1 avec un couvre-feu de minuit à 4 heures et le port du masque obligatoire, n’a finalement pas été relevée. Il faut dire qu’après des élections municipales ratées et vingt mois de restrictions qui ont durement affecté l’économie, le parti au pouvoir est sur la sellette. Le pays s’est illustré par ses mesures sévères, dès le tout début de l’épidémie, mais les Sud-Africains ne sont plus prêts à l’accepter, alors que la situation s’aggrave. Mardi 30 novembre, les chiffres du chômage sont tombés, et ils atteignent un niveau record, avec 46,6 % de chômeurs au troisième trimestre.

Cyril Ramaphosa a donc préféré se concentrer sur la possibilité d’une vaccination obligatoire. Une annonce globalement saluée par le secteur économique, bien que des écueils juridiques restent encore à régler. « Imposez les vaccins, pas le confinement », titrait, dimanche, le Sunday Times. Reste à savoir si les vaccins seront efficaces contre le variant Omicron.

Pour l’instant, les malades sont en majorité non vaccinés, mais le patron de Moderna, Stéphane Bancel, a prédit une réduction de l’efficacité des vaccins. Des doutes qui risquent de ne pas aider à la vaccination dans le pays, où la défiance est réelle. L’Afrique du Sud, bien que le pays le plus vacciné du continent, n’en est encore qu’à 24 % d’habitants ayant reçu les deux doses, et ce n’est pas seulement dû au manque de vaccins : le gouvernement peine depuis des semaines à atteindre son objectif de 260 000 vaccinations quotidiennes et en est à offrir des bons aux candidats. « Pas mal de gens autour de moi ne voient pas l’intérêt de se faire vacciner si le variant vous tue même quand vous êtes vacciné », raconte Ayanda Malinga, qui vit dans un township près de Johannesburg. Il faudra attendre plusieurs semaines avant d’en avoir le c?ur net.

Louisa-Carla (coll)

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