Connectez-vous

Politique

Vladimir Poutine devrait ­s’entretenir avec Joe Biden en début de semaine pour évoquer l’Ukraine, un dossier lourd de conséquence pour l’UE.

Publié

le

Le maître du Kremlin devrait ­s’entretenir longuement par ­visioconférence avec Joe Biden en début de semaine, probablement mardi. Jeudi à Stockholm, leurs deux ministres des Affaires étrangères, Antony Blinken et Sergei Lavrov, n’ont pas réussi à apaiser, ne serait-ce qu’un peu, la tension montante autour de l’Ukraine, dont la frontière orientale serait désormais sous la menace de près de 100 000 hommes de l’armée russe lourdement équipés. D’après le Washington Post, ce seraient même 175.000 soldats russes qui seraient concernés par ces préparatifs d’invasion avec une cinquantaine de groupes tactiques de combat appuyés par de l’artillerie et des blindés.

Au cours du sommet virtuel russo-américain, il est clair que Vladimir Poutine évoquera à nouveau sa demande d’obtenir une garantie fiable que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’Otan. En ayant placé le curseur à ce niveau, le président russe a fait d’une pierre deux coups. D’abord en obtenant des Américains de dialoguer avec lui au sujet de l’Ukraine, ce qui lui permet de se placer sur un pied d’égalité avec les États-Unis. Ensuite d’enterrer tout espoir de voir ce conflit, né en 2014, trouver une résolution dans le cadre des accords de Minsk, dont la Russie est membre au même titre que l’Ukraine, la France et l’Allemagne. « Une fois de plus, l’Europe a été mise de côté dans un problème qui la concerne directement, nous dit Tara Varma, directrice du European Council on Foreign Relations à Paris. Toutes les tentatives des Européens de tendre la main à Moscou ont été ignorées car Poutine voulait traiter directement avec les Américains. L’Otan semble être sa ligne rouge. »

Joe Biden serait-il prêt à lâcher sur ce point alors que la demande d’intégration de l’Ukraine à ­l’alliance date de 2008 et faisait déjà l’objet d’un refus des Européens ? Le piège est désormais tendu. Si Biden refuse le diktat de Poutine, une guerre pourrait éclater en Europe. S’il l’accepte, l’Ukraine pourrait s’en retrouver « finlandisée », museleée dans sa neutralité, peut-être même aussi menacée de voir sa demande d’adhésion à l’Union européenne soumise à un veto russe. « Le message serait également catastrophique pour les pays des Balkans candidats à l’UE et à l’Otan », ajoute Tara Varma. Bref, le match Kremlin-Maison-Blanche de cette semaine sera lourd de conséquences pour notre Union européenne.

Soulignons,qu’au cours des dernier mois, les troupes russes se sont rapprochées de la frontière ukrainienne. Le chef de l’agence des renseignements ukrainiens, le général Kyrylo Boudanov, a confié au Military Times à la mi-novembre qu’une invasion semblait possible d’ici à février 2022. Cependant, un graphique basé sur des données des renseignements ukrainiens et reproduit dans l’article montre qu’en réalité, ce regroupement de forces –soldats, tanks et autres équipements militaires– est bien loin des types de mouvements qui ont eu lieu pendant une «alerte à la guerre» en avril 2021 (après cette alerte, les soldats ont été expédiés ailleurs en Russie).

Jason Bush, analyste et spécialiste de la Russie au cabinet Eurasia Group, souligne que la plus grande partie de ce rassemblement de troupes se fait à la frontière de la Russie et de la Biélorussie. Certains analystes en déduisent que la Russie pourrait ne pas se contenter de déverser des soldats dans la région du Donbass, à l’est, mais pourrait également envoyer des troupes traverser la Biélorussie pour capturer la capitale ukrainienne, Kiev, à l’ouest du pays. «Ce scénario est très difficile à croire, m’a confié Bush au téléphone. Ce serait le plus grand conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.» On estime que les forces russes rassemblées dans le voisinage de l’Ukraine et de la Biélorussie représentent 92.000 hommes au total. «Comment occuper un pays de 50 millions de personnes avec 92.000 militaires?» demande-t-il.

En comparaison, en 1968, les Soviétiques avaient mobilisé 250.000 soldats–et cinq divisions blindées– pour envahir la Tchécoslovaquie, qui à l’époque comptait environ 10 millions d’habitants. (Prague, sa capitale, en recensait 1 million; Kiev aujourd’hui possède 2,8 millions d’habitants.) Enfin, en tant que membre du pacte de Varsovie, alliance constituée sous l’égide de l’Union soviétique, la Tchécoslovaquie ne disposait pas d’armée indépendante. L’armée ukrainienne compte 255.000 soldats –c’est probablement insuffisant pour contrer une force d’invasion russe, même de taille plus réduite, mais ce n’est pas pour autant «quantité négligeable», comme le souligne Bush.

                                                                                                                     Louisa-Carla(coll)

Advertisement
Continuer la lecture
Advertisement
Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *